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Ingrid Betancourt, un succès médiatico-commercial

La libĂ©ration de madame Betancourt est en soi un fait anecdotique et ne concerne rĂ©ellement que la personne elle-mĂŞme et son entourage. Le reste est pur matraquage mĂ©diatique de la population. Cette histoire n’aurait jamais dĂ» concerner les millions de lobotomisĂ©s tĂ©lĂ©visuels mais exclusivement les gens qui Ă©taient dans la partie : famille, amis, proches politiques. Un roman-feuilletons créé par de vaniteux journalistes.

Il ne s’agit pas des funérailles de Hugo ici, juste d’une épopée médiatico-pseudo-politique, voire simplement mondaine. Un roman-feuilletons créé par de vaniteux journalistes.

Les médias ont pris en otage des millions de personnes qu’ils ont captivées artificiellement avec leurs méthodes habituelles de manipulations des esprits. Après le grand matraquage des masses, ce sera l’adoucisseur larmoyant qui incitera à faire écouler un pavé relatant les six ans de captivité de Betancourt, pavé publié en centaines de milliers, voire en millions d’exemplaires.

Bref, un excellent coup d’édition que les petits Machiavels de la presse devaient préparer depuis longtemps. Sa libération devait être attendue, commercialement parlant, depuis des années. Plus sa captivité durait, plus l’affaire prenait de la valeur. Le vin a bien vieilli depuis six ans, il n’en sera que meilleur en “produit-culturel” star des supermarchés.

Ce sont les médias et les médias seuls qui avec patience et perversité (saupoudrées d’une bonne dose de gravité étudiée) ont fait entrer dans le crâne de qui le voulait bien des vérités unilatérales, uniformes, univoques et racoleuses. Ils ont réussi à faire croire à des millions de gens qui étaient au départ parfaitement étrangers à cette affaire que Madame Betancourt était leur cousine, leur camarade de classe, leur voisine de palier.

Sous prĂ©texte d’humanisme les “crĂ©ateurs d’actualité” ou “dĂ©cideurs d’évĂ©nements” monopolisent un fait, le mĂ©diatisent Ă  l’échelle mondiale pour mieux niveler les sensibilitĂ©s, les opinions et finalement faire converger les vues vers un seul horizon : celui choisi par eux, les mĂ©dias.

Fatalement vendeur.

Aujourd’hui Betancourt, Ă  qui le tour demain de servir de prĂ©texte au “mĂ©dia-marketing” ?

La libĂ©ration de madame Betancourt est un immense soulagement, je ne le conteste pas. Mais uniquement pour les gens concernĂ©s : otages, familles, amis. Pas pour les Marcel Dupont se croyant investis d’une mission dupontesque largement orchestrĂ©e par les mĂ©dias avides de pouvoir, d’actualitĂ©s Ă  leur avantage, de vision du monde Ă  sens unique…

Je n’ai aucune haine, juste une rage saine contre les manitous de la manipulation médiatique qui ont l’art de créer des événements à la mesure de leur intérêts mercantilo-vaniteux.

Je refuse de me faire lobotomiser par un groupe de prĂ©tendus journalistes-humanistes Ă  la solde des marchands de lessive. Madame Betancourt est une invention mĂ©diatique Ă  but lucratif en sens large du terme : faire tourner la machine Ă  “news”.

L’exploitation éhontée de l’affaire Betancourt à l’avantage de faire bêler les populations dociles, de détourner leur attention, de leur faire penser à autre chose qu’à l’essentiel. Les journalistes sont des charognards prêts à toutes les manipulations pour se sentir exister, tirant profit des causes les plus “flatteuses” pour ennoblir la profession à bon compte.

Certains prétendent que c’est l’opinion publique qui a libéré l’otage…

Faux !

Et quand cela serait vrai, est-ce une raison suffisante pour prendre en otage des millions d’esprits Ă  des fins strictement privĂ©es, artificiellement montĂ©es en affaire d’Etat ?

Cette prise d’otage est à l’origine une affaire policière et non politique.

Ce sont les médias qui ont fait de cette histoire une priorité nationale. Ce sont eux qui ont “réquisitionné” l’opinion, créé l’événement à des fins journalistiques. Bref, tout ceci n’est rien qu’une opération médiatique parfaitement arbitraire, savamment ciblée pour servir les intérêts d’une corporation.

Les français dupes, pauvres moutons conditionnés par les médias, se réjouissent de la libération de celle qui il y a six ans encore était une parfaite inconnue…

Vaste mascarade !

On fait pleurer dans les chaumières pour cette histoire mondaine pendant que le clochard du coin n’a droit à aucune attention médiatique, lui qui est pourtant pris en otage économique depuis, 10, 15, 20 ans par la société parfaitement indifférente sur son sort. Evidemment, Dédé Lacloche le SDF du quartier qui fait la manche à la sortie des magasins, c’est moins vendeur, moins romantique, moins à la mode que Ingrid Betancourt, otage de “qualité, faire-valoir de la “pensée de référence” au visage bien photogénique et femme nécessairement “courageuse”.

Bref, Betancourt est un otage tĂ©lĂ©gĂ©nique susceptible d’être reçu avec le tapis rouge. A quand la lĂ©gion d’honneur pour Betancourt ? Les mĂ©dias, pervers, manichĂ©ens, sĂ©lectifs, ont fait insidieusement passer Betancourt pour une hĂ©roĂŻne par le simple fait de son statut d’otage. En six annĂ©es d’habiles manĹ“uvres journalistiques quasi subliminales, le fait est Ă©tabli dans les esprits.

(Que l’on ne se mĂ©prenne pas sur mon discours : il n’est nullement question ici de remettre en cause la lĂ©gitimitĂ© de la libĂ©ration de l’otage mais de dĂ©noncer la prise d’otage mĂ©diatique, subtile celle-lĂ , de millions d’esprits inaptes Ă  la critique pour mieux les instrumentaliser.

Si le but est louable, le procédé est malhonnête, anti démocratique, et même définitivement immoral.

D’ailleurs on prétend fort judicieusement que sans les médias, la captive aurait été libérée plus tôt. L’effet pervers de l’écho médiatique de cette affaire est que plus on parlait de l’otage, plus il prenait de la valeur entre les mains de ses geôliers…)

L’affaire Betancourt est un pur produit médiatique. Qu’on me laisse au moins la liberté de ne pas penser selon les normes de cette “presse émotive”.

On existe en pensant comme un lion. Et surtout pas un âne, encore moins un mouton.

Source : Betancourt-story

De la cérémonie du dévoilement à Alger (1958) à Ni Putes Ni Soumises :

De la cĂ©rĂ©monie du dĂ©voilement Ă  Alger (1958) Ă  Ni Putes Ni Soumises :
l’instrumentalisation coloniale et néo-coloniale de la cause des femmes

Par Houria Bouteldja
mercredi 13 octobre 2004

 

1. Le dévoilement, une violence coloniale

13 mai 58 Ă  Alger, place du Gouvernement : des musulmanes montĂ©es sur un podium pour brĂ»ler leur voile. L’enjeu de cette mise en scène est de taille : il faut pour les autoritĂ©s coloniales que les femmes algĂ©riennes se dĂ©solidarisent du combat des leurs. Leur exposition sert de langage : celui d’une puissance coloniale qui oeuvre pour gagner les femmes Ă  l’émancipation et Ă  la pĂ©rennitĂ© de la "civilisation française". RĂ©action Ă©pidermique de la sociĂ©tĂ© algĂ©rienne : maintenir - et c’est vital - les femmes hors de l’invasion coloniale pour prĂ©server l’être algĂ©rien. "Certaines, dĂ©crit Franz Fanon, dĂ©voilĂ©es depuis longtemps reprennent le voile affirmant ainsi qu’il n’est pas vrai que la femme se libère sur l’invitation de la France et du GĂ©nĂ©ral de Gaulle".

Aujourd’hui, 40 ans après l’indépendance, les méthodes ont changé dans la forme, mais pas dans le fond, car l’esprit colonial, toujours vivace, continue d’imprimer l’inconscient français. Duplice, il invoque constamment les grands principes qui fondent la République, mais préside à toutes les entreprises politiques qui disqualifient les fils et filles d’indigènes et valorisent un républicanisme franco-français prétendument universaliste. Ainsi, le corps des musulmanes, écartelé au nom des nobles principes de la République, s’est peu à peu défiguré, perverti en banal objet médiatique, figure repoussoir d’une idéologie franco-centrée décidément incapable de penser l’altérité et de penser sa responsabilité dans ce qui fait l’autre et son identité contrariée.

2. Ni putes ni soumises : association fĂ©ministe ou appareil idĂ©ologique d’État ?

C’est d’ailleurs ce racisme post-colonial qui permet de comprendre l’omniprĂ©sence, dans le discours des dirigeants de Ni Putes Ni Soumises sur le voile, et plus largement sur les mĂ©faits de la "culture de citĂ©", du thème du "rappel" des règles ou de la "rĂ©-affirmation" des principes. En effet, comme l’a remarquĂ© Pierre TĂ©vanian, il est Ă  première vue paradoxal, si l’on reste sur le strict terrain de la laĂŻcitĂ©, qu’une loi nouvelle, marquant une rupture avec les textes de loi fondateurs de la laĂŻcitĂ© (en introduisant un devoir de laĂŻcitĂ© de la part des Ă©lèves), ait pu ĂŞtre considĂ©rĂ©e comme un "rappel" ou un "retour" aux sources :

"La question ne peut ĂŞtre Ă©ludĂ©e : si les textes fondateurs des annĂ©es 1880 et 1905 ne justifient pas l’interdiction du port de signes religieux par les Ă©lèves, qu’est-ce donc qui devait ĂŞtre "retrouvĂ©", "rĂ©affirmĂ©" ou "rappelĂ©" ? L’une des rĂ©ponses possibles est la suivante : ce qui, des annĂ©es 1880-1905, devait ĂŞtre "rĂ©affirmĂ©", c’est un certain ordre symbolique qu’on peut qualifier de colonial, dans lequel certaines populations, considĂ©rĂ©es comme sous-humanisĂ©es du fait de leur rĂ©fĂ©rence musulmane, sont vouĂ©es au statut de serviteurs dociles et invisibles ou Ă  celui de "cible" et de "bouc Ă©missaire". Un ordre symbolique dans lequel, de toute façon, les personnes de couleur ou identifiables comme "musulmanes" sont rĂ©duites au rang d’instrument au service de l’homme pleinement homme, autrement dit au statut d’objet parlĂ©, Ă©tudiĂ©, commentĂ© (et le plus souvent diffamĂ© et insultĂ©), et non de sujet parlant. On peut, si l’on garde Ă  l’esprit ce passĂ© colonial qui n’est pas passĂ©, comprendre l’intensitĂ© des grandes campagnes mĂ©diatiques et politiques qui ont Ă©tĂ© menĂ©es ces derniers mois sur le thème de la "restauration" de "la RĂ©publique" : la campagne centrĂ©e sur le voile, mais aussi celles menĂ©es sur le thème du sexisme et de l’antisĂ©mitisme en banlieue. Tout se passe comme si, au tournant du siècle, les classes dirigeantes (quel que soit le pĂ´le : PS ou UMP) avaient Ă©tĂ© prises de panique devant la mise en crise de cet ordre symbolique colonial, et devant l’émergence de diverses manifestations identitaires, religieuses, culturelles, sociales et politiques dont le point commun Ă©tait la rupture avec le devoir de "rĂ©serve" et d’"humilitĂ©" imposĂ©e aux descendants de colonisĂ©s. Parmi ces faits sociaux qui ont littĂ©ralement semĂ© la panique, figurent la visibilitĂ© grandissante de la pratique de l’islam, mais aussi les mobilisations contre la guerre en Irak ou contre la politique israĂ©lienne, mais aussi la popularitĂ© croissante qu’ont pris des combats politiques initiĂ©s par les immigrĂ©s eux-mĂŞmes, ou par leurs enfants, notamment les combats contre la double peine, le combat pour le droit de vote des Ă©trangers, et la lutte des sans-papiers. Il faut Ă©galement mentionner la rĂ©ouverture du "dossier" colonial, notamment en 2001, annĂ©e marquĂ©e par un long dĂ©bat sur la torture et par une importante manifestation commĂ©morant le crime d’octobre 1961."(1)

C’est dans ce contexte qu’apparaissent, les Ă” combien opportunes "Ni Putes Ni Soumises". Si l’on se souvient de la vĂ©hĂ©mence des rĂ©actions de l’UMP parisienne, mais aussi du courant chevènementiste, face Ă  ce dĂ©but de retour critique sur la pĂ©riode coloniale, on comprend mieux le rĂ´le qu’a jouĂ© ce " mouvement " courant 2002 : celui d’un appareil idĂ©ologique au service d’une classe dirigeante prise de panique face Ă  une remise en question grandissante de la lĂ©gitimitĂ© de l’État (notamment du fait de la montĂ©e d’une abstention massive), et face Ă  l’émergence d’une gĂ©nĂ©ration de "jeunes issus de la colonisation" affichant sans complexe leurs revendications et demandant de nouveau des comptes Ă  la RĂ©publique. Les Ni Putes Ni Soumises ont aidĂ© cette classe dirigeante Ă  s’emparer du voile islamique, mais aussi de la question du sexisme et de celle de l’antisĂ©mitisme, afin de littĂ©ralement remettre Ă  leur place ces "jeunes " trop " arrogants " : Ă  la place des accusĂ©s et non plus des accusateurs, Ă  la place des objets de discours et non plus des sujets parlants. Ce "rappel Ă  l’ordre colonial" constitue une espèce de revanche historique, un "on vous l’avait bien dit !", une "reconquĂŞte" de ces arabes "injustement" Ă©mancipĂ©s de la France.

3. Le retour de "l’Arabe" voleur, violeur et voileur

Souvenons-nous des images rapportĂ©es par des Ă©quipes de tĂ©lĂ©vision parties en expĂ©dition "visiter" les "territoires perdus de la RĂ©publique" après la mort de Sohane et les premières affaires de viols collectifs : de jeunes hommes (d’origine maghrĂ©bine ou d’Afrique noire) laissant transparaĂ®tre une hĂ©tĂ©rosexualitĂ© violente, une nature agressive et bestiale contre lesquelles des femmes, mi hĂ©roĂŻnes, mi victimes vont se dresser telles des amazones de citĂ©s : les ni Putes ni Soumises. Leur credo : la lutte contre le sexisme des banlieues et le "fascisme vert". Ces combats, convenons-en, sont plus que lĂ©gitimes (si tant est que l’on Ă©value Ă  sa juste mesure l’influence dudit fascisme, et qu’on dise clairement quels groupes peuvent ĂŞtre ainsi qualifiĂ©s, et sur la base de quels critères). Ce qui dĂ©range en revanche, c’est l’essentialisme de leur discours. Les extrapolations qu’il permet ne sont pas sans rappeler les constructions idĂ©ologiques du dĂ©but du 20ème siècle qui dĂ©crivaient l’indigène comme une bĂŞte, esclave des ses sens, dĂ©jĂ  violeur, voleur et bientĂ´t (avec la guerre d’indĂ©pendance algĂ©rienne) voileurs de femmes. C’est la qu’intervient le "gĂ©nie" politique de cette machine Ă  broyer les luttes sociales des quartiers qu’est SOS racisme : mettre dans la bouche mĂŞme de femmes issues de cette immigration post-coloniale, promues auxiliaires des classes dirigeantes comme le furent jadis les bachagas, les paroles racisantes, les mises Ă  l’index pĂ©remptoires et les propos islamophobes que le politiquement correct en vigueur chez les Ă©lites ne saurait souffrir ou assumer pleinement. Faites entrer l’accusĂ© ! c’est le père, le frère, le compagnon bientĂ´t le fils. Cette image pourrait prĂŞter Ă  sourire s’il elle ne suscitait chez nous, filles et fils de migrants post-coloniaux, une profonde amertume. Elle n’est, en effet, que le nouveau chapitre d’une longue sĂ©rie de manĹ“uvres politiques et idĂ©ologiques visant Ă  disqualifier les colonisĂ©s et leurs descendants immigrĂ©s ou "issus de l’immigration", pour la seule gloire d’une France dĂ©cidĂ©ment incapable de renoncer aux privilèges de la domination.

En effet, l’ordre colonial en AlgĂ©rie s’appuyait sur un système lĂ©gislatif rigoureux visant Ă  l’émiettement progressif du peuple algĂ©rien. La stratĂ©gie du "diviser pour mieux rĂ©gner" passait par la mise en concurrence des diffĂ©rentes composantes de la sociĂ©tĂ©. Ainsi, dès 1871, par le dĂ©cret CrĂ©mieux, les autochtones juifs se voyaient accorder le droit Ă  la pleine citoyennetĂ©, ce qui eut comme effet immĂ©diat, par les privilèges affĂ©rents, de les couper du corps social majoritaire et d’activer les tensions communautaires, quasi-inexistantes jusque lĂ . Ce funeste Ă©pisode, prĂ©lude Ă  une douloureuse amputation identitaire, non seulement privera l’AlgĂ©rie de la quasi-totalitĂ© de sa composante juive, mais trouvera dans le conflit israĂ©lo-palestinien un exutoire. Ironie de l’histoire : c’est sur le sol français, lieu du "pĂŞchĂ© originel" qu’est l’entreprise coloniale, que les communautĂ©s juives et musulmanes soldent les comptes d’une histoire enfouie mais toujours au bord de l’explosion. De la mĂŞme façon fut construit le mythe kabyle, groupe ethnique ontologiquement supĂ©rieur aux arabes car proche de "l’Occident chrĂ©tien", blond aux yeux bleus, etc. Dans le cadre de cette mĂŞme stratĂ©gie, la machine coloniale conçut ses supplĂ©tifs au sein mĂŞme du corps social. Ceux que l’on appellera Harkis feront ainsi le sacrifice de leur âme, plus sĂ»rement victimes de rapports de force dans le cadre de la guerre coloniale que pleinement consentants. Enfin, et sans doute trop tard pour en bĂ©nĂ©ficier pleinement la machine de propagande, comprit le bĂ©nĂ©fice qu’elle pouvait tirer d’une campagne de libĂ©ration de la gente fĂ©minine : atteindre le cĹ“ur mĂŞme de la rĂ©sistance algĂ©rienne en proposant comme ennemis aux femmes musulmanes, Ă©pines dorsales de la rĂ©sistance, leurs propres maris, pères ou frères afin de les dĂ©tourner de l’oppression coloniale. Cette entreprise de division du corps social est toujours en oeuvre dans la France de 2004. La sociĂ©tĂ© post-coloniale vivant en France en est Ă  la fois victime et tĂ©moin car c’est en son sein que se situe le vĂ©ritable ennemi. Ce sont les Ni Putes Ni Soumises qui l’affirment. La messe est dite !

4. Un " féminisme du dominé "

Les NPNS ? un ersatz de fĂ©minisme excluant et les putes et les soumises (entendez : les voilĂ©es), valorisant ce faisant une fĂ©minitĂ© conforme aux normes dominantes et confortant les politiques de discrimination "rĂ©publicaines" Ă  l’endroit de ces deux catĂ©gories hĂ©rĂ©tiques de femmes (2). En d’autres termes, un fĂ©minisme bon marchĂ©, taillĂ© pour les femmes de quartiers. Ce qui le caractĂ©rise ? d’une part, l’essentialisme sexuel et la mollesse de ses positions philosophiques. Car les femmes de quartiers populaires, encastrĂ©es dans une « inoxydable fĂ©minitĂ© " (3), ne revendiquent que des droits minimaux, caractĂ©ristiques d’une citoyennetĂ© au rabais : l’intĂ©gritĂ© physique, le choix des tenues vestimentaires (ou plus exactement le droit de faire "le bon choix", celui de la jupe courte, car le choix de porter le voile sans ĂŞtre insultĂ©e ou dĂ©scolarisĂ©e ne fait pas partie de l’agenda des Ni putes ni soumises), et enfin la pacification des relations avec l’autre sexe. Tiens ! en parlant de sous-citoyennetĂ©, Chirac n’avait-il pas dit Ă  propos du peuple tunisien (ex-peuple colonisĂ©) que "le premier des droits de l’Homme, c’est de manger, d’être soignĂ©, de recevoir une Ă©ducation et d’avoir un habitat" ? et d’autre part, l’omerta (mot que FadĂ©la Amara affectionne) faite sur l’ensemble des violences sexistes qui traversent toutes les couches sociales de notre sociĂ©tĂ© et mises en Ă©vidence par l’excellent rapport sur les violences sexistes, « LibertĂ©, Ă©galitĂ©, sexualitĂ©s Â» (4), exemptant ainsi le sexisme des « autochtones Â» de toute auto-critique et validant l’idĂ©e d’un sexisme exogène et importĂ© par l’immigration musulmane.

Epilogue...

Le 7 février 2004, Fadéla Amara, présidente des Ni Putes Ni Soumises, et en lice avec Pierre Rosanvallon, Jean-Claude Guillebaud et Claude Nicolet (5), recevait des mains de Jean-Louis Debré, l’homme des coups de hache contre l’Église Saint Bernard et du durcissement des lois Pasqua sur le séjour des étrangers, le prix du Livre Politique de l’année.

Le week-end dernier, c’était au tour de ValĂ©rie Toranian (directrice de rĂ©daction du magazine « Elle Â», Corinne Lepage (ancienne ministre et laĂŻcarde acharnĂ©e), Bernard Stasi (ancien ministre et principal promoteur de la loi sur les signes religieux), Laure Adler (directrice de France Culture) et enfin Dominique de Villepin (ministre de l’intĂ©rieur) de lui rĂ©gler son pourboire en lui rendant hommage pour bons et loyaux services.

DISCOURS DE DAKAR toujours pas remise!!!

 
Le 26 Juillet 2007, Nicolas Sarkozy prononce à l'université de Dakar un discours dont la tonalité déchaine les passions. Le texte a été ecrit par Henri Guaino, son conseiller spécial, qui se serait vanté: " Le discours de Dakar, on en parlera encore dans dix ans."
 
Voici les grandes lignes:
 
Sur la traite négriére:
" Ce sont des Africains qui ont vendu aux négriers d'autres Africains. "
 (PremiĂ©re version Ă©crite du discours distribuĂ©e aux journalistes)
 
Sur la colonisation et la repentance:
" Je ne suis pas venu effacer le passé car le passé ne s'efface pas. Je suis pas venu nier les fautes ni les crimes car il y a eu fautes et crimes. Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs péres. Jeunes d'Afrique, je ne suis pas venu vous parler de repentance. Je suis venu vous dire que je ressens la traite et l'esclavage comme des crimes envers l'humanité. "
 
Sur l'homme Africain:
Pour le meilleur et pour le pire, la colonisation a transformé l'homme Africain et l'homme Européen. Je veux donc dire, à la jeunesse d'Afrique, que le drame de l'Afrique ne vient pas de ce que l'âme africaine serait imperméable à la logique et à la raison. Car l'homme africain est aussi logique et raisonnable que l'homme européen. Je suis venu vous dire que l'homme moderne qui éprouve le besoin de se réconsilier avec la nature a beaucoup à apprendre de l'homme africain qui vit en symbiose avec la nature depuis des millénaires. "
 
Sur " La colonisation n'est pas responsable de..." :
" La colonisation n'est pas responsable de toutes les difficultés de l'Afrique. Elle n'est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n'est pas responsable des génocides. Elle n'est pas responsable des dictatures. Elle n'est pas responsable du fanatisme. Elle n'est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n'est pas responsable des gaspilages et de la pollution. "
 
Sur le paysan africain:
" Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connait que l'eternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire ou tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée du progrés. "
 
Sur l'homme africain " pas assez entré dans l'histoire ":
" Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le défi de l'Afrique, c'est d'entrer davantage dans l'histoire. C'est de puiser en elle l'énérgie, la force, l'envie, la volonté d'écouter et d'épouser sa propore histoire. "
 
Sur la France et de devoloppement economique de l'Afrique:
" Jeunes d'Afrique, vous voulez le développement, vous voulez la croissance, vous voulez la hausse du niveau de vie. Mais le voulez-vous vraiment? Voulez-vous que cessent l'arbitraire, la corruption, la violence? Voulez-vous que la propriété soit respéctée, que l'argent soit investi au lieu d'être détourné? Voulez-vous que l'Etat se remette à faire sont métier, qu'il soit allégé de bureaucraties qui l'etouffent, qu'il soit libéré du parasitisme, du clientélisme, que son autorité soit restaurée, qu'il domine les féodalités, qu'il domine les corporatismes? Si vous le voulez, alors la France sera à vos côtés pour l'exiger, mais personne ne le voudra à votre place. Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est le codéveloppement, c'est à dire le développement partagé. "
 
Les réactions:
 
Boubacar Boris Diop ( journaliste et ecrivain sénégalais, Alternatives international du 01/10/07 )
" La phrase " ce sont des africains qui on vendu aux bégriers d'autres africains" est d'une colossale ineptie, elle est tout simplement indigne d'un président de la Republique. C'est une inslte à la mémoire des victimes et une infâme relativisation de la violence fondamentale du commerce triangulaire. Jamais dans toute l'histoire de l'humanité, une nation n'en a opprimé une autre sans avoir bénéficié, voire du zéle des élites du pays conquis. "
 
Alpha Oumar Konaré ( president de la commission de l'Union africaine UA, RFI le 27/07/07 )
" Une bonne partie du retard de l'Afrique est liée à la colonisation et cette réalité, je suis sur que le president la sait. Personne n'a le droit de la nier, et cela n'a rien à voir avec la repentance. Cette exigence de mémoire ne peut pas être simplement le fait des Africains. "
 
Achille Mbembe ( professeur d'histoire et de science politique au Wits Institute for social and economic Research ( Johannesburg) Site de la ligue des droits de l'homme de Toulon, le 01/08/07
" L'homme africain du president Sarkozy est surtout reconnaissable soit par ce qu'il n'a pas, ce qu'il n'est pas ou ce qu'il n'est jamais parvenu Ă  accomplir ( la dialectique du manque et de l'inachĂ©vement), soit par son opposition Ă  "l homme moderne" ( sous entendu " l'homme blanc") - opposition qui rĂ©sulterait de son attachement irrationnel au royaume de l'enfance, au monde de la nuit, aux bonheurs simples et Ă  l'âge d'or qui n'a jamais existĂ©. "
 
Véronique Tdjo ( poéte et romanciére ivoirienne, Libération 13/08/07
" Elle est responsable de quoi alors? Est ce vraiment la peine de rappeler le Rwanda, Elf, les diamants de Bokassa, la GuinĂ©e Ă©quatoriale, j'en passe et des meilleurs? "
 
Thomas Heams ( maître de conférence en génétique à Paris. Liberation 02/08/07
" Nous y voila. La chaleur, le rythme des saisons. Nicolas Sarkozy a oublié de concéder que, dans cet océan de médiocrité, l'Africain, au moins, avait le rythme dans la peau et courait vite. Le tableau aurait été parfait. Une typologie lamentable, qui n'est même pas du néocolonialisme mais du bon vieux colonialisme à l'anciennne à la Jules Ferry. "
 
Emmanuel Dongala ( écrivain congolais. Liberation 06/09/07
Je suppose que si vous vous battez pour maintenir vos grandes sociétes, entre autre Total au Congo, au Gabon, au Nigeria et en Angola, Bolloré dans les ports d'Abidjan et de Dakar, Areva dans les mines d'uranium du Niger et de la Centrafirque, cela ne participe que d'un Amour désinteressé et n'a rien à voir avec des interêts bassement mercantiles. "
 
 

Indigènes et après?

Indigènes et après?

Avez-vous vu le film de Rachid Bouchareb, Indigènes? En ce qui me concerne, j'ai eu la chance d'assister à l'une des avant-premières. Cet hommage aux tirailleurs africains de la seconde guerre mondiale m'a beaucoup ému et les lignes qui apparaissent sur l'écran à la fin du film m'ont troublée:

"En 1959, une loi a été votée pour geler les pensions des tirailleurs des pays de l'empire colonial français qui accédaient à l'indépendance.

En janvier 2002, après de longs procès, le Conseil d'Etat a sommé le gouvernement français de payer ces pensions intégralement.

Mais les gouvernements successifs ont repoussé cette échéance."

 

Les Nations Unies et l'Union Européenne ont estimé que la "cristallisation" était une violation des Droits de l'Homme et ont demandé le rétablissement de l'égalité de traitement. Une augmentation a eu lieu en 2002 mais la parité n'a pas encore été atteinte.

Je fus ravie du succès du film dont les multiples rĂ©compenses tĂ©moignent de l'intĂ©rĂŞt portĂ© Ă  cette page mĂ©connue de l'Histoire et qui a permis d'exercer une certaine pression aboutissant Ă  l'adoption par le Conseil des ministres  d'une loi de "dĂ©cristallisation", annoncĂ©e le jour de la sortie d'Indigènes.

La magie du cinĂ©ma!!! Mais que s'est-il passĂ© ensuite? Cela a Ă©tĂ© moins mĂ©diatisĂ©. Un reportage a nĂ©anmoins Ă©tĂ© diffusĂ© sur canal + il y a  quelques mois, lorsque la chaĂ®ne a diffusĂ© Indigènes. J'aimerais vous faire part de ce que l'on y apprend.

Ce documentaire intitulé INDIGENES IMPACT est signé Rémi Lainé.

Indigènes impact nous fait voyager entre la France et l'Afrique. On y voit un panneau accrochĂ© Ă  un lampadaire d'une route sableuse sur lequel est inscrit "A De Gaulle, l'Afrique reconnaissante". C'est pourtant lui qui a dĂ©cidĂ© la cristallisation des pensions en 1959 tandis que les colonies  accĂ©daient tour Ă  tour Ă  l'indĂ©pendance. NĂ©anmoins, il l'a fait en plein accord avec les dirigeants africains inquiets de voir d'anciens soldats toucher des soldes bien supĂ©rieures a ce que gagne la population.

Ces soldats, appelĂ©s du terme gĂ©nĂ©rique "tirailleurs sĂ©nĂ©galais" qu'ils viennent d'Afrique noire ou du Maghreb devaient "en versant le mĂŞme sang [que les Français de mĂ©tropole] avoir les mĂŞmes droits"

Deux personnages de ce reportage m'ont Ă©mue. Christophe Bambara, le vĂ©tĂ©ran burkinabĂ© aux multiples mĂ©dailles, soldats pour la seconde guerre mondiale mais aussi en AlgĂ©rie et en Indochine. Il touche 52.64€ tous les 6 mois. C'est sa retraite militaire. Elle n'a pas Ă©tĂ© revalorisĂ©e. Seules les retraites de combattant et les pensions militaires d'invaliditĂ© sont concernĂ©es par la loi de 2006.

De plus, cette loi applicable au 1er janvier 2007 n'est pas rĂ©troactive. C'est la raison pour laquelle un autre vĂ©tĂ©ran dans le reportage, Hamady N'Diaye qui vit dans un foyer Ă  Paris a attentĂ© un recours en justice. Ce fils et petit-fils de militaire touche sept fois moins que "ses frères d'armes français". Il souhaite que lui soit versĂ©e l'indĂ©mnisation du manque Ă  gagner sur les annĂ©es passĂ©es, pas pris en compte dans la loi de 2006. Il nous montre ses 6 mĂ©dailles pendantes (croix de guerre, mĂ©daille de la valeur militaire, croix de combattant volontaire, croix de combattant, mĂ©daille commĂ©morative de sa blessure de guerre en AlgĂ©rie et mĂ©daille de reconnaissance de la Nation française). Ses ressources: le minimum vieillesse de 620€, auquel s'ajoute 69€ de pension militaire d'invaliditĂ© (27€ avant revalorisation) et 200€ tous les 6 mois pour sa retraite de combattant.

Dans le film de Rémi Lainé, on voit Hamadi, accompagné de son avocat au tribunal des pensions militaires de Paris, devant le juge rendant son verdict. M. N'Diaye souhaite que soit reconnu "l'illégalité de la cristallisation de la pension qui lui est concédée et révisé ses droits pension, ainsi que la revalorisation de sa pension militaire d'invalidité à hauteur du montant dont il aurait bénéficié s'il avait gardé la nationalité française." Cette requête est déclarée fondée. Il devra donc "recevoir les arrérages revalorisés et ce, avec capitailsation des intérêts dûs."

Tout est bien qui finit bien se dit-on, la justice a eu le dernier mot...mais l'Etat a fait appel de ce jugement. RĂ©ponse dans environ 2 ans. "Chaque jour qui passe est un vĂ©tĂ©ran de moins Ă  indĂ©mniser" dit la voix-off. Un tel verdict pourrait faire jurisprudence et le montant de l'indĂ©mnisation globale pourrait s'Ă©lever Ă  10 milliards d'euros. On comprend mieux le besoin de la France Ă  faire traĂ®ner les choses mais est-ce humainement lĂ©gitime? 

Qu'en pensez-vous???