Privée de subventions, SOS Racisme refuse d'abdiquer

Suite à une crise interne de l'association, Genève n'a pas reconduit son aide en 2008.

Créée en 1995 dans la foulée de l'adoption de la norme pénale antiraciste, ACOR SOS Racisme est aux soins intensifs. L'association ne reçoit tout simplement plus un sou des pouvoirs publics depuis le 1er janvier. Elle a dû licencier il y a quelques semaines son dernier salarié: Karl Grünberg, le secrétaire général. Ce dernier veut encore y croire, alors que le délégué à l'intégration ne ferme pas la porte.

De fait, personne ne pense que la lutte contre le racisme n'a désormais plus d'objet. ACOR, qui est une très petite structure, s'était spécialisée dans la défense des victimes et offrait une permanence téléphonique. Elle cherchait aussi à imposer un large débat sur le racisme et la xénophobie en Suisse.

«Le combat contre le racisme est aujourd'hui quasi une page blanche», commente de son côté André Castella, le délégué à l'intégration du canton de Genève. Celui-ci n'écarte du reste pas l'éventualité de travailler à nouveau avec cette association: «Mon objectif est de réunir tous les acteurs actifs dans la prévention du racisme, y compris SOS Racisme, et d'examiner ce qu'on pourra faire ensemble.»

Mais en ce cas, pourquoi avoir coupé les ailes de cette association? Visiblement, le Conseil d'Etat a estimé l'année dernière qu'il n'en avait plus pour son argent. En clair, la prestation offerte n'était plus suffisante pour justifier une subvention de 100 000 francs par an. Un audit est en cours

L'histoire est en réalité un peu plus complexe. L'association a traversé fin 2006 une très grosse crise interne, provoquée par des désaccords et (déjà) des soucis financiers, qui s'est soldée par le départ de quatre de ses salariés. S'en est suivi un certain laisser-aller dans la présentation du bilan 2006.

Un audit sur le fonctionnement de l'association vient du reste d'être lancé par le Bureau de l'intégration.

Toutefois, selon Karl Grünberg, les difficultés rencontrées par ACOR avec ses subventionneurs ne sauraient se résumer à cela: «La complexité de la lutte contre le racisme et la xénophobie fait qu'elle est expérimentale et peu compréhensible. A l'exception de la norme pénale antiraciste, il n'existe aucun outil juridique sur lequel s'appuyer.»

En résumé, une partie du travail effectué est difficilement quantifiable.

Or, comme l'autorité entend de plus en plus subventionner uniquement des prestations vérifiables, cela pose problème.

Karl Grünberg reste malgré tout optimiste: «Je suis assez confiant car nous partageons avec le Bureau de l'intégration la conviction que la lutte contre le racisme est essentielle.»