Echecs et scandales : Ehoud Olmert jette l'éponge
par Beur / Beurette MaghrĂ©bine - Seddeya, vendredi 15 aoĂ»t 2008 à 13:58 | International
Ehoud Olmert jette l'éponge. Cerné par les affaires de corruption, étrillé par la presse et lâché par son parti, le premier ministre israélien renonce au pouvoir. Mercredi 30 juillet, le successeur d'Ariel Sharon a déclaré, dans une brève allocution, qu'il ne participerait pas aux primaires de son parti, Kadima, prévues le 17 septembre, et qu'il démissionnerait dans la foulée de cette consultation afin de permettre à son vainqueur de former un nouveau gouvernement.
Cette annonce attendue depuis plusieurs semaines met probablement un terme à la vie publique de M. Olmert, âgé de 62 ans, mais elle ne résout pas forcément la crise politique en cours. De nombreux analystes estiment que les tensions au sein de Kadima, entre la ministre des affaires étrangères, Tzipi Livni, favorite des militants et son rival, Shaul Mofaz, ministre des transports, pourraient entraîner la convocation d'élections anticipées. L'opposition de droite, emmenée par le Likoud de Benyamin Nétanyahou, en tête dans les sondages, a déjà commencé à faire campagne sur ce thème.
"Dans un Etat démocratique, quand le premier ministre démissionne, la nation doit se choisir un nouveau leader", a déclaré un député du parti russophone Israël Beitenou. De son côté, Tzipi Livni a salué du bout des lèvres le choix de M. Olmert, le qualifiant de "correct". "Kadima doit continuer à agir d'une façon qui préserve son unité et sa capacité à diriger", a-t-elle déclaré.
C'est un financier juif américain aux cheveux blancs, Morris Talanski, qui a déclenché, en mai, le processus qui a abouti au retrait d'Ehoud Olmert. L'ancien maire de Jérusalem, intronisé premier ministre en mars 2006, avait fait preuve jusque-là d'une endurance peu commune. Ni le rapport de la commission Winograd qui a pointé son "échec sévère" dans la conduite de la guerre au Liban durant l'été 2006, ni les enquêtes de la police dans une demi-dizaine de dossiers dans lesquels il est accusé de favoritisme et d'abus de position, ni encore les agissements controversés de deux de ses plus proches collaborateurs, l'avocat Uri Messner et la secrétaire Shula Zaken, n'avaient entamé sa carapace.
COMPTE À REBOURS
Mais le 27 mai, M.Talanski est entendu par la justice. Il explique comment il a versé 150000 dollars sur quinze ans à l'homme qui était alors un "baron" du Likoud. Des enveloppes de cash destinées à financer l'ascension de son poulain… et à régler quelques caprices aussi. Le septuagénaire évoque des boîtes de cigares haut de gamme, des séjours dans des palaces new-yorkais, des billets d'avion classe affaire et même des vacances familiales en Italie pour un montant de 30 000 dollars.
Pots-de-vin ? Infraction à la loi sur les transferts ? Le procureur n'a pour l'instant pas tranché. Mais pour les commentateurs politiques, la cause est entendue. Ehoud Olmert, le jouisseur sans scrupule, doit partir. Le lancement, quelques jours plus tôt, de négociations indirectes avec la Syrie ne lui vaut aucune indulgence. Pas plus que le processus de paix déjà enlisé avec les Palestiniens.
Du coup, Tzipi Livni s'enhardit. Elle avait hésité après le rapport Winograd, mais elle appelle, cette fois-ci, à la tenue de d'élections primaires. Si Ehoud Olmert ne plie pas, le Parti travailliste quittera la coalition et provoquera de nouvelles élections, dit Ehoud Barak, le ministre de la défense.
Le compte à rebours est alors lancé. Le contre-interrogatoire de Morris Talanski, à la mi-juillet, ne l'arrête pas. D'autant qu'entre-temps, le chef du gouvernement est mis en cause dans une énième affaire qui porte sur un système de double facturation lors de voyages à l'étranger.
Après quelques atermoiements, les dirigeants de Kadima entérinent donc le principe de primaires au sein du parti. Ehoud Olmert, qui avait assuré qu'il ne démissionnerait que s'il était officiellement inculpé, est obligé de se dédire. Parce qu'il n'a aucune chance de battre ses rivaux et parce que sa candidature pourrait fragiliser Kadima vis-à -vis du Likoud, il annonce qu'il ne se présentera pas aux primaires.
Son successeur aura jusqu'au mois de novembre pour former un nouveau gouvernement. Durant cette période, M. Olmert dirigera une équipe de transition, conformément à la législation israélienne.
Les Etats-Unis, tout comme la direction palestinienne, ont pris acte de ce développement sans émotion apparente. Affirmant qu'ils travailleraient avec le nouveau chef du gouvernement, quel qu'il soit, ils ont réaffirmé leur intention d'aboutir à un accord de paix d'ici à la fin de l'année. Dans les faits, il est peu probable que Tzipi Livni, chef de la délégation israélienne, parvienne à une percée dans les négociations. La sauvegarde de l'unité de Kadima et la conduite de sa propre campagne interne devraient occuper l'essentiel de son temps pendant les deux prochains mois.
Benjamin Barthe

