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Ainsi était le « Che », par Ahmed Ben Bella

Ainsi Ă©tait le « Che Â»

Le 9 octobre 1967, dans une petite salle de l’école de La Higuera (Bolivie), Ernesto Che Guevara, fait prisonnier la veille, Ă©tait assassinĂ©. Celui que Jean-Paul Sartre qualifia d’« ĂŞtre humain le plus complet de notre Ă©poque Â» achevait ainsi une vie de rĂ©volutionnaire qui l’avait conduit, dans l’espoir gĂ©nĂ©reux de soulager les souffrances des pauvres, de l’Argentine au Guatemala, de Cuba au Congo, et finalement Ă  la Bolivie. Le prĂ©sident Ahmed Ben Bella l’a souvent rencontrĂ©, entre 1962 et 1965, Ă  Alger, qui Ă©tait alors une terre d’asile pour tous les anti-impĂ©rialistes du monde.
 

Par Ahmed Ben Bella

 

DEPUIS trente ans, Che Guevara interpelle nos consciences. Par-delĂ  le temps et l’espace, nous entendons l’appel du « Che Â» qui nous somme de rĂ©pondre : oui, seule la rĂ©volution peut parfois faire de l’homme un ĂŞtre de lumière. Cette lumière, nous l’avons vue irradier son corps nu, Ă©tendu quelque part au fond du Nancahuazu, sur ces photos parues dans les journaux des quatre coins du monde, alors que le message de son dernier regard continue de nous atteindre jusqu’au trĂ©fonds de l’âme.

Le « Che Â» Ă©tait un preux, mais un preux conscient, au corps affaibli par l’asthme. Je l’accompagnais parfois sur les hauteurs de ChrĂ©a, au-dessus de la ville de Blida, lorsque je voyais la crise arriver et qu’elle donnait Ă  son visage un teint verdâtre. Qui a lu son Journal de Bolivie (1) sait avec quelle santĂ© dĂ©labrĂ©e il a dĂ» faire face aux terribles Ă©preuves physiques et morales qui ont parsemĂ© son chemin.

Il est impossible de parler du « Che Â» sans parler de Cuba et des relations particulières qui nous unissaient tant son histoire, sa vie, sont liĂ©es Ă  ce pays qui fut sa seconde patrie avant qu’il ne se tourne vers lĂ  oĂą l’appelait la rĂ©volution.

Je fis la connaissance d’Ernesto Che Guevara Ă  la veille de la crise internationale de l’automne 1962 liĂ©e Ă  l’affaire des fusĂ©es et au blocus de Cuba dĂ©crĂ©tĂ© par les Etats-Unis. L’AlgĂ©rie venait d’accĂ©der Ă  l’indĂ©pendance, son premier gouvernement venait d’être constituĂ© et, en tant que chef de ce gouvernement, je devais assister, en ce mois de septembre 1962, Ă  New York, Ă  la session de l’ONU pour la levĂ©e symbolique du drapeau algĂ©rien au-dessus du siège des Nations unies ; cĂ©rĂ©monie qui consacrait la victoire de notre lutte de libĂ©ration nationale et l’entrĂ©e de l’AlgĂ©rie dans le concert des nations libres.

Le bureau politique du FLN avait décidé que ce voyage aux Nations unies devait être suivi d’une visite à Cuba. Plus que d’une visite, il s’agissait surtout d’un acte de foi marquant nos engagements politiques. L’Algérie souhaitait souligner publiquement sa totale solidarité avec la révolution cubaine, particulièrement en ces moments difficiles de son histoire.

InvitĂ© le 15 octobre 1962 au matin Ă  la Maison Blanche, j’eus de franches et chaudes discussions avec le prĂ©sident John Fitzgerald Kennedy Ă  propos de Cuba. A la question directe que je lui posai : « Allez-vous vers une confrontation avec Cuba ? Â», il ne laissa planer aucun doute sur ses intentions rĂ©elles et me rĂ©pondit : « Non, s’il n’existe pas de fusĂ©es soviĂ©tiques ; oui, dans le cas contraire. Â» Kennedy tenta de me dissuader avec insistance de me rendre Ă  Cuba par un vol direct Ă  partir de New York ; allant mĂŞme jusqu’à Ă©voquer l’éventualitĂ© d’une attaque de l’avion des forces aĂ©riennes de Cuba qui devait me transporter par l’opposition cubaine installĂ©e Ă  Miami. A ces menaces Ă  peine voilĂ©es, je lui rĂ©torquai que j’étais un fellaga et que les menaces des harkis algĂ©riens ou cubains ne m’intimidaient pas.

Notre arrivée à Cuba, le 16 octobre, se déroula dans une liesse populaire indescriptible. Le programme prévoyait des discussions politiques au siège du parti à La Havane dès l’arrivée de notre délégation. Mais les choses se déroulèrent tout autrement. A peine nos valises déposées dans le lieu où nous devions séjourner, bousculant le protocole, nous nous mîmes à discuter à bâtons rompus avec Fidel, Che Guevara, Raul Castro et les autres dirigeants qui nous accompagnaient.

Nous restâmes là à parler des heures et des heures durant. Bien entendu, je rapportai aux dirigeants cubains l’impression que m’avait laissée mon entrevue avec le président Kennedy. A la fin de ces débats passionnés, menés autour de tables que nous avions poussées bout à bout, nous nous aperçûmes que nous avions pratiquement épuisé le programme des questions que nous devions étudier et que notre rencontre au siège du parti n’avait plus d’objet. Et, d’un commun accord, nous décidâmes de passer directement au programme des visites que nous devions faire à travers le pays.

Cette anecdote donne une idée des rapports totalement dénués de protocole qui devaient ainsi, et dès le début, être la caractéristique essentielle, la norme des liens unissant la révolution cubaine et la révolution algérienne, et des liens personnels qui m’ont lié à Fidel Castro et à Che Guevara.

Cette solidaritĂ© se confirmera d’une manière spectaculaire lors de la première alerte grave qui menaça la rĂ©volution algĂ©rienne avec l’affaire de Tindouf en octobre 1963. Notre jeune armĂ©e, tout juste sortie d’une lutte de libĂ©ration, qui ne possĂ©dait encore ni couverture aĂ©rienne - puisque nous n’avions pas un seul avion - ni forces mĂ©canisĂ©es, fut attaquĂ©e par les forces armĂ©es marocaines sur le terrain qui lui Ă©tait le plus dĂ©favorable. Elle ne pouvait y utiliser les seules mĂ©thodes qu’elle connaissait et qu’elle avait Ă©prouvĂ©es lors de notre lutte de libĂ©ration : c’est-Ă -dire la guerre de guĂ©rilla.

Le désert et ses vastes étendues dénudées étaient loin des montagnes des Aurès, du Djurdjura, de la presqu’île de Collo ou de Tlemcen qui avaient été son milieu naturel et dont elle connaissait toutes les ressources et tous les secrets. Nos ennemis avaient décidé qu’il fallait briser l’élan de la révolution algérienne avant qu’elle devienne trop forte et entraîne tout sur son passage.

Le prĂ©sident Ă©gyptien Nasser nous dĂ©pĂŞcha très rapidement la couverture aĂ©rienne qui nous faisait dĂ©faut, et Fidel Castro, Che Guevara, Raul Castro et les dirigeants cubains nous envoyèrent un bataillon de vingt-deux blindĂ©s et plusieurs centaines de soldats (2) qui furent dirigĂ©s vers Bedeau, au sud de Sidi Bel Abbès oĂą je leur rendis visite, et qui Ă©taient prĂŞts Ă  entrer en lice si cette guerre des sables s’était poursuivie.

Ces chars possĂ©daient un dispositif infrarouge leur permettant d’intervenir de nuit ; ils avaient Ă©tĂ© livrĂ©s Ă  Cuba par les SoviĂ©tiques Ă  la condition expresse de n’être mis en aucun cas entre les mains de pays tiers, y compris les Etats communistes, comme la Bulgarie. MalgrĂ© ces restrictions de Moscou, et passant par-dessus les tabous, les Cubains n’hĂ©sitèrent pas Ă  envoyer leurs chars au secours de la rĂ©volution algĂ©rienne en danger.

La main des Etats-Unis Ă©tait bien Ă©vidente derrière les Ă©vĂ©nements de Tindouf ; nous savions que les hĂ©licoptères qui transportaient les troupes marocaines Ă©taient pilotĂ©s par des AmĂ©ricains. Ce sont essentiellement les mĂŞmes raisons de solidaritĂ© internationale qui conduiront plus tard les dirigeants cubains Ă  intervenir au-delĂ  de l’ocĂ©an Atlantique, en Angola et ailleurs.

Les circonstances qui présidèrent à l’arrivée de ce bataillon blindé méritent d’être rapportées, car elles illustrent plus que tout autre commentaire la nature de nos rapports privilégiés avec Cuba.

En octobre 1962, lors de ma visite Ă  Cuba, Fidel Castro avait tenu Ă  honorer la promesse que son pays nous avait faite de fournir une aide de 2 milliards d’anciens francs (3). Compte tenu de la situation Ă©conomique de Cuba, elle devait nous ĂŞtre envoyĂ©e, non pas en devises, mais en sucre. MalgrĂ© mon refus, car je considĂ©rais qu’à ce moment Cuba avait encore plus besoin de son sucre que nous, il ne voulut rien entendre.

Environ un an après cette discussion, un navire battant pavillon cubain accosta au port d’Oran. Avec la cargaison de sucre promis, nous eûmes la surprise de trouver deux dizaines de chars et des centaines de soldats cubains accourus à notre secours. C’est sur une feuille arrachée d’un cahier d’écolier que Raul Castro m’envoyait un bref message pour annoncer ce geste de solidarité.

Bien sûr, nous ne pouvions laisser ce bateau repartir vide, aussi nous le remplîmes de produits algériens et, sur le conseil de l’ambassadeur Jorge Serguera, nous y ajoutâmes quelques chevaux barbes. Ainsi commença entre nos deux pays un troc à caractère non commercial, placé sous le sceau de la solidarité et qui, au gré des circonstances (et des contraintes), fut un élément original de nos relations.

CHE GUEVARA Ă©tait particulièrement conscient des restrictions innombrables qui entravent et affaiblissent une vĂ©ritable action rĂ©volutionnaire, de mĂŞme que des limites qui affectent toute expĂ©rience, fĂ»t-elle la plus rĂ©volutionnaire, dès l’instant oĂą elle est confrontĂ©e directement ou indirectement avec les règles implacables de la loi du marchĂ© et de la rationalitĂ© mercantile. Il les dĂ©nonça publiquement lors de la ConfĂ©rence afro-asiatique qui se tint Ă  Alger en fĂ©vrier 1965. En outre, les conditions affligeantes de la conclusion de l’affaire des fusĂ©es installĂ©es Ă  Cuba et l’accord passĂ© entre l’Union soviĂ©tique et les Etats-Unis avaient laissĂ© un goĂ»t d’amertume. J’eus d’ailleurs un Ă©change de propos très durs Ă  ce sujet avec l’ambassadeur soviĂ©tique Ă  Alger. Tout cela conjuguĂ© avec la situation qui prĂ©valait en Afrique laissait espĂ©rer d’immenses potentialitĂ©s rĂ©volutionnaires, et avait conduit le « Che Â» Ă  considĂ©rer que le maillon faible de l’impĂ©rialisme se trouvait sur notre continent et qu’il devait dĂ©sormais y consacrer ses forces.

J’essayais de lui faire remarquer que ce n’était peut- être pas la meilleure façon d’aider à la maturation révolutionnaire qui se développait sur notre continent. Si une révolution armée peut et doit trouver des soutiens étrangers, elle doit cependant créer ses propres ressorts internes sur lesquels s’appuyer. N’empêche, Che Guevara tenait à ce que son engagement fût total et physique. Il se rendit à Cabinda (Angola) et au Congo-Brazzaville à plusieurs reprises.

Il refusa l’avion particulier que je voulais mettre Ă  sa disposition pour assurer une plus grande discrĂ©tion Ă  ses dĂ©placements. J’alertai alors les ambassadeurs d’AlgĂ©rie dans toute la rĂ©gion pour qu’ils se mettent Ă  sa disposition. Je le revis Ă  chacun de ses retours d’Afrique noire et nous passions de longues heures Ă  Ă©changer nos idĂ©es. A chaque fois, il revenait impressionnĂ© par la fabuleuse richesse culturelle du continent, mais peu satisfait de ses rapports avec les partis marxistes des pays qu’il avait visitĂ©s et dont les conceptions l’irritaient. Cette expĂ©rience de Cabinda, conjuguĂ©e avec celle qu’il fera par la suite avec la guĂ©rilla qui se dĂ©roulait dans la rĂ©gion de l’ex-Stanleyville (4), l’avait beaucoup déçu. Parallèlement Ă  l’action du « Che Â», nous menions une autre action pour le sauvetage de la rĂ©volution armĂ©e de l’ouest du ZaĂŻre. En accord avec Nyerere, Nasser, Modibo Keita, N’Krumah, Kenyatta et Sekou TourĂ©, l’AlgĂ©rie apportait sa contribution en envoyant des armes via l’Egypte Ă  travers un vĂ©ritable pont aĂ©rien, tandis que l’Ouganda et le Mali Ă©taient chargĂ©s de fournir des cadres militaires. C’est au Caire, oĂą nous Ă©tions rĂ©unis sur mon initiative, que nous avions conçu ce plan de sauvetage et nous commencions Ă  l’appliquer lorsqu’un appel dĂ©sespĂ©rĂ© nous fut adressĂ© par les dirigeants de la lutte armĂ©e. Malheureusement, malgrĂ© nos efforts, notre action intervint trop tard et cette rĂ©volution fut noyĂ©e dans le sang par les assassins de Patrice Lumumba.

Durant l’un de ses sĂ©jours Ă  Alger, Che Guevara me fit part d’une demande de Fidel. Cuba Ă©tant sous Ă©troite surveillance, rien ne pouvait ĂŞtre sĂ©rieusement organisĂ© en direction de l’AmĂ©rique latine pour acheminer des armes et des cadres militaires qui avaient Ă©tĂ© entraĂ®nĂ©s Ă  Cuba. L’AlgĂ©rie pouvait-elle prendre le relais ? La distance n’était pas un handicap majeur, bien au contraire, elle pouvait jouer en faveur du secret qui conditionnait le succès mĂŞme d’une opĂ©ration de cette importance. Ma rĂ©ponse fut bien sĂ»r un « oui Â» spontanĂ©. Et aussitĂ´t commença la mise en place des structures d’accueil pour les mouvements rĂ©volutionnaires d’AmĂ©rique latine, placĂ©es sous le contrĂ´le direct de Che Guevara. Rapidement, les reprĂ©sentants de tous ces mouvements rĂ©volutionnaires se transportèrent Ă  Alger, oĂą je les rencontrai Ă  maintes reprises en compagnie du « Che Â». Un Ă©tat-major regroupant les mouvements s’établit sur les hauts d’Alger dans une grande villa entourĂ©e de jardins que nous avions, symboliquement, dĂ©cidĂ© de leur attribuer. Cette villa Susini avait Ă©tĂ© un lieu cĂ©lèbre, dont le nom est passĂ© Ă  la postĂ©ritĂ©. Durant la lutte de libĂ©ration nationale, elle avait Ă©tĂ© un centre de torture oĂą de nombreux rĂ©sistants et rĂ©sistantes trouvèrent la mort. Un jour, Che Guevara me dit : « Ahmed, nous venons d’avoir un coup dur, des hommes entraĂ®nĂ©s Ă  la villa Susini se sont fait prendre Ă  la frontière entre tel et tel pays (je n’ai plus souvenance des noms) et je crains qu’ils ne parlent sous la torture. Â» Il s’inquiĂ©tait beaucoup et craignait que le secret du lieu oĂą se prĂ©paraient les actions armĂ©es ne soit Ă©ventĂ© et que nos ennemis ne s’aperçoivent de la vĂ©ritable nature des sociĂ©tĂ©s d’import-export que nous avions implantĂ©es en AmĂ©rique du Sud.

Che Guevara était parti d’Alger lorsque eut lieu le coup d’Etat militaire du 19 juin 1965 contre lequel, d’ailleurs, il m’avait mis en garde. Son départ d’Alger, puis sa mort en Bolivie et ma propre disparition pendant quinze années doivent être étudiés dans le contexte historique qui marqua le reflux ayant suivi la phase des luttes de libération victorieuses. Ce reflux qui sonna le glas, après l’assassinat de Lumumba, des régimes progressistes du tiers-monde et entre autres de ceux de N’Krumah, de Modibo Keita, Soekarno, Nasser, etc.

CETTE date du 9 octobre 1967 inscrite en lettres de feu dans nos mĂ©moires Ă©voque une journĂ©e incommensurablement sombre pour le prisonnier solitaire que j’étais, alors que les radios annonçaient la mort de mon frère et que les ennemis que nous avions combattus ensemble entonnaient leur sinistre chant de victoire. Mais plus nous nous Ă©loignons de cette date, quand s’estompent dans les mĂ©moires les circonstances de la guĂ©rilla qui prit fin ce jour-lĂ  dans le Nancahuazu, plus le souvenir du « Che Â» est prĂ©sent dans l’esprit de ceux qui luttent et qui espèrent. Plus que jamais, il s’insère dans la trame de leur vie quotidienne. Quelque chose du « Che Â» reste attachĂ© Ă  leur coeur, Ă  leur âme, enfoui tel un trĂ©sor dans la partie la plus profonde, la plus secrète et la plus riche de leur ĂŞtre, rĂ©chauffant leur courage, attisant leur Ă©nergie.

Un jour de mai 1972, le silence opaque de ma prison jalousement gardée par des centaines de soldats fut brisé par un grand brouhaha. Ainsi appris-je que, à quelques centaines de mètres seulement, Fidel était là, visitant une ferme modèle toute proche et ignorant sans doute que je me trouvais dans cette maison mauresque isolée sur la colline dont il pouvait apercevoir les toits au-dessus de la cime des arbres. C’est certainement pour les mêmes raisons de discrétion que cette même maison avait été naguère choisie par l’armée colonialiste comme centre de torture.

A ce moment, une foule de souvenirs remonta à mon esprit, une cohorte de visages, tel un film patiné par le temps, défila dans ma tête, et, jamais depuis que nous nous étions quittés, Che Guevara ne fut aussi vivant dans ma mémoire.

En vérité, son souvenir ne nous a jamais quittés, mon épouse et moi. Une grande photo du Che a toujours été épinglée sur les murs de notre prison et son regard a été le témoin de notre vie quotidienne, de nos joies et de nos peines. Mais une autre photo, une petite photo découpée dans un magazine et que j’avais collée sur un carton et protégée d’un plastique nous a toujours accompagnés dans nos pérégrinations. C’est la plus chère à nos yeux. Elle se trouve aujourd’hui à Maghnia, mon village natal, dans la maison de mes vieux parents qui ne sont plus et où nous avions déposé nos plus précieux souvenirs avant de partir en exil. C’est la photo d’Ernesto Che Guevara étendu, torse nu et dont le corps irradie tant de lumière. Tant de lumière et tant d’espoir.

Ahmed Ben Bella.

 

(1) Ernesto Guevara, Le Journal de Bolivie (préface de François Maspero), La Découverte, Paris, 1995.

(2) NDLR : ces soldats Ă©taient placĂ©s sous les ordres du commandant Efigenio Ameijeiras, un vĂ©tĂ©ran du Granma, compagnon de la première heure de Fidel et du « Che Â», et ancien chef de la police rĂ©volutionnaire cubaine.

(3) NDLR : correspondant Ă  20 millions de francs français.

(4) NDLR : actuelle Kisangani, en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo (ex-ZaĂŻre).


Suite Ă  l’article d’Ahmed Ben Bella, « Ainsi Ă©tait le Che Â» (Le Monde diplomatique, octobre 1997), M. Lucio Lara, dĂ©putĂ© et membre du comitĂ© central du Mouvement populaire pour la libĂ©ration de l’Angola (MPLA), après s’être fĂ©licitĂ© de la publication de ce texte, prĂ©cise :

J’aimerais apporter une petite rectification Ă  l’article de M. Ahmed Ben Bella ,auquel j’ai eu la chance d’être prĂ©sentĂ© par feu Mario Pinto de Andrade, Ă  Alger, alors prĂ©sident du MPLA, lors de la cĂ©lĂ©bration du premier anniversaire de l’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie. J’ai Ă©galement eu l’honneur de participer avec feu Agostinho Neto, prĂ©sident du MPLA, Ă  la rencontre que nous avons eue avec Ernesto Che Guevara en janvier 1965 Ă  Brazzaville, oĂą il s’était rendu avec l’ambassadeur de Cuba Ă  Alger, M. Serguera, et les pilotes de l’avion dans lequel il se dĂ©plaçait en Afrique.

A l’occasion de cette rencontre, nous avons prié Che Guevara de demander au Parti communiste cubain de nous envoyer quelques instructeurs, car nous avions déclenché des attaques au Cabinda et nous avions besoin de réussir nos embuscades contre les soldats portugais, notamment pour leur retirer leurs armes. Le Che a prononcé quelques mots d’encouragement, que nous avons retranscrits dans le bulletin du MPLA. Il a aussi manifesté le désir que lui et ses compagnons, l’ambassadeur et les pilotes puissent faire connaissance avec notre maquis.

Nous acceptâmes, et le commandant Iko Carreira fut dĂ©signĂ© par notre prĂ©sident pour accompagner les visiteurs. Mais le Che lui- mĂŞme n’a pas participĂ© Ă  cette visite - dont nous avons conservĂ© des photographies -, contrairement Ă  ce qu’affirme l’article de M. Ben Bella. (...) C’est Ă  tort qu’on a affirmĂ©, Ă  propos des activitĂ©s de Che Guevara en Afrique, qu’il avait Ă©tĂ© dans le maquis de Cabinda.

J’ajoute que le Parti communiste cubain a rĂ©pondu positivement Ă  notre demande d’instructeurs : nous en avons accueilli six, qui nous ont aidĂ©s Ă  amĂ©liorer nos embuscades.

Citation du Jour - de Gaulle

« Si une communauté n’est pas acceptée, c’est qu’elle ne donne pas de bons produits, sinon elle est admise sans problème. Si elle se plaint de racisme à son égard, c’est parce qu’elle est porteuse de désordre. Quand elle ne fournit que du bien, tout le monde lui ouvre les bras. Mais il ne faut pas qu’elle vienne chez nous imposer ses mœurs ».

(De Gaulle, mon père. Philippe De Gaulle)

Miss Maghreb

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Pourquoi Césaire ne sera pas étudié dans les classes

Edito - Caraïbes - France - Pan Afrique - Education - Littérature

Pourquoi Césaire ne sera pas étudié dans les classes
Une tribune de l’historien François Durpaire, président de l’Institut des Diasporas Noires Francophones

Des centaines de Parisiens ont rendu hommage, samedi, à Aimé Césaire, à la veille des obsèques nationales du dimanche 20 avril. Mais dans la classe politique française, beaucoup de ceux qui voudraient le voir au Panthéon, pressés d’édulcorer sa pensée, ne seront pas prêts à ouvrir les programmes scolaires à sa littérature.

lundi 21 avril 2008, par François Durpaire

 

AimĂ© CĂ©saire Ă©tait un combattant de la libertĂ©. LibertĂ© politique, contre toute forme de domination. Et en premier l’esclavage : engagement subversif, Ă  une Ă©poque qui nie qu’il y ait des victimes de l’histoire. LibertĂ© spirituelle, car l’homme devait pour lui « marcher sans prĂ©cepteur sur les chemins de la pensĂ©e Â».

AimĂ© CĂ©saire tĂ©moignait que l’universalisme pouvait ĂŞtre caribĂ©en. AndrĂ© Breton disait de sa littĂ©rature : « Ce qui rend cette dernière sans prix, c’est qu’elle transcende Ă  tout instant l’angoisse qui s’attache, pour un Noir, au sort des Noirs dans la sociĂ©tĂ© moderne et qu’elle embrasse […] la condition plus gĂ©nĂ©ralement faite Ă  l’homme par cette sociĂ©tĂ©. Â»

Et pourtant, AimĂ© CĂ©saire devait se dĂ©fendre d’être anti-français, devant sans cesse rappeler que la nĂ©gritude « n’était pas un racisme noir, mais la rĂ©action au racisme blanc Â». Il ne cessait de dĂ©noncer le complexe de supĂ©rioritĂ© d’un occident qui lui rend aujourd’hui hommage, fustigeant le grand Hugo, qu’il aimait tant mais dont il dĂ©nonçait les propos : « Le Blanc a fait du Noir un homme. Au XXe siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde Â».

« AimĂ© CĂ©saire pourrait aujourd’hui ĂŞtre taxĂ© de communautarisme Â»

Parlant de « groupes opprimĂ©s Â», de « groupes marginalisĂ©s Â», Noir dĂ©fendant des Noirs, AimĂ© CĂ©saire pourrait aujourd’hui ĂŞtre taxĂ© de communautarisme - ou accusĂ© d’être pro-victimaire - par ceux-lĂ  mĂŞme qui l’encensent. Il dĂ©nonçait « l’instinctive tendance d’une civilisation prestigieuse […] Ă  penser l’universel Ă  partir de ses seuls postulats et Ă  travers ses catĂ©gories propres Â» [1].

MalgrĂ© les hommages, l’œuvre de CĂ©saire ne sera pas Ă©tudiĂ©e dans les classes, car elle est par essence rĂ©volutionnaire, par essence contestante. Philosophie de l’identitĂ©, elle pose qu’il n’y a pas d’universel sans respect et Ă©galitĂ©. Philosophie de l’identitĂ©, elle pose qu’ « il y a des Noirs et des Blancs Â», comme il l’écrit dans La tragĂ©die du roi Christophe. Philosophie trop subversive pour une sociĂ©tĂ© oĂą le mĂ©tissage Ă©rigĂ© en idĂ©al s’accommode d’une rĂ©alitĂ© faite de discriminations racistes.

Antillais, CĂ©saire se sentait « essentiellement africain Â». La nĂ©gritude Ă©tait pour lui refus, refus de l’oppression, combat, combat contre l’inĂ©galitĂ©. Chaque jour Ă©tait pour lui un combat. « Nègre je suis. Nègre je resterai. Et le Nègre vous emmerde Â». Il y a quelques temps, un ministre de l’éducation estimait que son Discours sur le colonialisme Ă©tait trop violent pour ĂŞtre Ă©tudiĂ© Ă  l’école...

AimĂ© CĂ©saire nous donnait des leçons d’humilitĂ©. Comme beaucoup d’entre nous, j’ai eu la chance de le rencontrer, car il avait ce sens de la dĂ©mocratie dans l’échange intellectuel ou tout simplement humain. Et je me souviendrai de son regard sincèrement inquiet alors qu’il venait d’offrir Ă  l’un des visiteurs ce chef d’œuvre du XXe siècle qu’est le Cahier d’un retour au pays natal : « Vous serez indulgent avec moi. C’est une Ĺ“uvre de jeunesse Â»â€¦

[1] Discours prononcé aux États-Unis le 26 février 1987, dans le cadre de la Conférence hémisphérique des peuples noirs de la diaspora.

Kiffe kiffe demain

Avez-vous lu le livre Kiffe kiffe demain de FaĂŻza Guène, plus tout rĂ©cent certes mais qui mĂ©rite que l'on parle encore de lui selon moi? Il est très facile Ă  lire, pas long du tout, et extrĂŞmemnt drĂ´le. Pour info, mĂŞme mes Ă©lèves (de troisième) fâchĂ©s avec la lecture l'ont aimĂ©. Et ceux qui, comme moi, sont nĂ©s autour de l'annĂ©e 80, y trouveront de beaux souvenirs de jeunesse. A lire absolument. (prix maximum 5€ mais on peut le trouver en bibliothèque)