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L’UOIF et les bonbons halal

L’article « L’UOIF et les bonbons halal » publiĂ© sur le site Al-Kanz dĂ©nonce la contradiction qui existe entre l’avis du Conseil EuropĂ©en de la Fatwa et la position de « Halal Services », organe de certification de l’UOIF, sur la question de la gĂ©latine animale, et conclut ainsi sur une touche ironique : En clair, l’UOIF considère que l’on peut consommer sans gĂŞne un aliment contenant de la gĂ©latine, ou tout autre composant d’origine animale, et, dans le mĂŞme temps, l’UOIF considère qu’il n’existe aucune gĂ©latine halal. Ce paradoxe prĂŞterait Ă  sourire si personne n’avait Ă©tĂ© lĂ©sĂ©e par cette prise de position difficile Ă  comprendre ». Nous estimons qu’il est de notre devoir d’éclaircir le consommateur musulman Ă  ce sujet.

Il existe deux approches du halal : celle du consommateur et celle du producteur. Le consommateur dĂ©pend entièrement des produits qui se trouvent sur le marchĂ© ; son pouvoir d’agir sur la nature des produits qui lui sont offerts est donc très limitĂ© et rĂ©sulte d’un travail de lobbying très complexe. S’il doit Ă©viter tous les produits qui font l’objet de doutes quant Ă  leur licĂ©itĂ©, le poids de la contrainte serait tel que les difficultĂ©s deviendraient insurmontables, surtout lorsqu’il s’agit d’un responsable de famille qui doit subvenir aux besoins variĂ©s de ceux dont il a la charge, et qui consomme des produits qui utilisent ce genre d’ingrĂ©dients de base. Pour tous ces consommateurs musulmans, l’appel Ă  la dĂ©rogation fondĂ©e sur des avis juridiques authentiques est une nĂ©cessitĂ© qui leur permet de se conformer Ă  leur religion sans difficultĂ© ni gĂŞne. L’avis du Conseil EuropĂ©en de la Fatwa fondĂ© sur des recherches sur la gĂ©latine animale est un exemple de dĂ©rogation que nous respectons et dĂ©fendons. C’est lĂ  l’esprit de la religion, et recourir Ă  la dĂ©rogation en cas de difficultĂ© est un fondement de notre jurisprudence (fiqh). Cependant, il convient de rappeler qu’une fatwa ne change pas la règle ni le statut de l’élĂ©ment en question, mais offre seulement un allĂ©gement et une facilitĂ© d’application.

La logique des producteurs du Halal (dont les organismes de certification Halal font partie) et des professionnels de l’agroalimentaire est totalement différente. La fatwa ne les concerne pas et c’est une grave erreur que d’y recourir. Un organisme de certification est tenu de fournir le maximum d’efforts pour exiger des professionnels de l’agroalimentaire de n’utiliser que des ingrédients totalement Halal. Les exigences de rentabilité ne permettent en aucun cas de se prévaloir d’une fatwa destinée aux consommateurs afin de certifier halal des produits contenant des ingrédients à base de gélatine animale qui peuvent être remplacés par d’autres ingrédients tout à fait licites.

Notre objectif est d’éviter de recourir à la fatwa en exigeant du producteur de fabriquer des produits qui satisferont tous les musulmans, y compris ceux qui ne sont pas convaincus par cette fatwa, ou qui, tout simplement, ne souhaitent pas qu’un dérivé de porc, même transformé et juridiquement Halal, fasse partie de leur alimentation et, par la suite de leurs tissus, organes et cellules.

En conclusion, un consommateur musulman a le droit de se baser sur une fatwa pour consommer de la gélatine animale, mais un organisme de certification ne doit certifier que les produits Halal par nature et non pas les produits rendus tel par le truchement d’une fatwa.




Boukhzer El Bachir Président de Halal Services

Qui est à la barre des accusés:le meurtrier ou la voilée?a vous de me dire...

Un foulard admis en Cour de cassation

HUGUES DORZEE
mercredi 25 juin 2008, 22:44
HAGAR défendait, voilée, son frère assassiné. Le tribunal l’a exclue. En cassation, la Cour a admis son foulard. Un symbole.

http://www.lesoir.be/mediastore/_200...GP29_0.JPG.jpg
Mardi, devant la Cour de cassation, Hagar s’est présentée voilée. Le tribunal n’y a vu aucun « manque de respect ». © Sylvain Piraux.



Ce jour-là, j’ai assisté à l’audience avec tout le respect dû. Je crois en la justice. Mais j’estime que mes droits ont été bafoués. » Sous les ors de la Cour de cassation, Hagar, 22 ans, s’exprime posément à la barre. Les juges l’écoutent, attentifs. Peu importe son foulard beige, islamique s’il en est. La jeune assistante sociale, étudiante à l’ULB, peut exprimer, sans crainte, sa « consternation ».



Un comble : elle qui, un an auparavant, le 20 juin 2007 exactement, a été priée, par la présidente de la chambre des mises en accusation de la cour d’appel de Bruxelles, de se dévoiler ou de quitter le tribunal. Motif invoqué : l’article 759 du Code judiciaire. Qui stipule : « Celui qui assiste aux audiences se tient découvert, dans le respect et le silence ».

Hagar portait un foulard semblable à celui qu’elle affiche aujourd’hui. « Couvrant les cheveux et la nuque, tout en laissant le visage apparent et identifiable », insiste son avocat Me Réginald de Béco. Elle était partie civile dans une affaire de crime passionnel, où son frère a été abattu par l’ancien ami de sa compagne. « Sa présence était indispensable pour traduire les sentiments de sa famille », plaide son conseil. Hagar a attendu seule dans le couloir pendant une heure et demie. « Elle s’est sentie profondément humiliée. Elle a eu le sentiment d’être considérée comme une citoyenne différente des autres », ajoute Me de Béco, qui a décidé d’introduire un pourvoi « immédiat » en cassation, pour « irrégularités ».


Hagar n’a absolument pas manqué de « respect », au sens où l’entend l’article 759 du code judiciaire. Cette exclusion est « discriminante » et contraire à une série de textes légaux (Constitution, Convention européenne des droits de l’homme, Pacte International). Il y a une « insécurité juridique inacceptable : Aucun magistrat ne s’est permis, jusqu’ici, d’inviter une religieuse catholique, un juif portant la kippa ou un sikh muni de son turban à enlever un de ses attributs ».
Et de citer une série (non exhaustive) d’exemples : la présence de deux religieuses catholiques voilées au procès Rwanda ; le père Samuel et ses attributs en correctionnel à Charleroi ; des prêtes orthodoxes en vêtements sacerdotaux à Bruxelles, etc.


« Impartialité des tribunaux »

« J’attends une justice équitable », déclarait Hagar, ce mardi matin, au terme de l’audience.
Après examen, la Cour de cassation a pourtant jugé son pourvoi « irrecevable ». Le motif invoqué ? Purement technique. La chambre des mises en accusation devait se prononcer sur le renvoi en correctionnelle ou en assises du meurtrier présumé du frère d’Hagar. Mais cette décision n’était pas définitive, a rappelé la Cour. Qui a donc décidé de rejeter son pourvoi. « Quoi qu’il en soit, commente un magistrat. En autorisant la jeune fille à témoigner voilée, la plus haute juridiction du pays a appliqué différemment l’article 769 du code judiciaire. C’est une reconnaissance implicite du fait qu’elle n’a en rien manqué de respect au tribunal. » Me de Béco en fait une question de principe. Il portera l’affaire devant la Cour européenne de Justice. Au nom du « respect de l’égalité des citoyens devant la loi et de l’impartialité des cours et tribunaux ». Tout justiciable, estime-t-il, « a le droit de fréquenter les salles d’audience ». Peu importe la nature de son vêtement. Traditionnel, religieux ou philosophique.

Enseignement effectif de l’histoire de la colonisation

Appel en faveur d’un enseignement effectif de l’histoire de la colonisation et de l’esclavage

A l’occasion du 10 mai 2008, journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage, SOS Racisme a initié un appel en faveur d’un enseignement effectif de l’histoire de la colonisation et de l’esclavage. Vous trouverez ci-dessous le texte de l’appel ainsi que les signataires.




APPEL

Les plus hauts représentants de la République Française étaient présents à Fort-de-France pour célébrer un citoyen d’exception en la personne d’Aimé Césaire. Mais assister à des obsèques ne suffit pas à honorer l’œuvre d’un homme.

Aujourd’hui plus que jamais, il faut continuer le combat qui Ă©tait le sien : un combat contre les prĂ©jugĂ©s, contre le racisme et pour le vivre ensemble. AimĂ© CĂ©saire s’était, dans cette optique, rĂ©cemment exprimĂ© sur les risques liĂ©s Ă  un enseignement partiel de l’Histoire de France. Et de fait, en nĂ©gligeant l’enseignement de l’histoire de la colonisation et de l’esclavage, on conduit un grand nombre de nos concitoyens Ă  se sentir exclus d’une Histoire nationale partagĂ©e et on crĂ©e le terreau favorable Ă  la « concurrence des mĂ©moires » attisĂ©e et exploitĂ©e par tel ou tel dĂ©magogue.

Mais surtout, ces lacunes dans l’enseignement de l’Histoire sont dommageables pour le temps présent. Car, en effet, si l’on veut qu’une place bien plus importante soit faite dans les programmes scolaires au traitement historique de la colonisation et de l’esclavage, de ses causes, de ses acteurs et de son fonctionnement, ça n’est pas pour le plaisir de la rétrospective. C’est bien plutôt dans le souci de mieux comprendre le présent et d’éviter la répétition de mécanismes qui ont conduit hier à des crimes perpétrés en toute bonne conscience. Etudier ces pages de notre Histoire, c’est donner les clefs d’analyse aux jeunes générations pour qu’elles puissent comprendre les dangers de ces systèmes de pensée fondées sur des visions essentialistes de l’être humain et sur l’exploitation de ce dernier.

Etudier ce passé, c’est également permettre de détruire des visions historiquement datées qui, encore aujourd’hui, expliquent les images dégradées et stéréotypées de certaines parties de la population frappées de ce fait par le fléau des discriminations.

Il ne faut cependant pas procĂ©der par injonction morale, ce qui risquerait de jeter un voile de suspicion sur une potentielle exploitation de faits historiques. Il faut au contraire faire de l’Histoire, permettre Ă  l’enfant de dĂ©velopper sa conscience citoyenne par une connaissance rigoureuse des faits. Il est aussi temps de sortir du faux dĂ©bat autour de la repentance. Les sociĂ©tĂ©s que l’on Ă©tudie, leurs actions appartiennent au passĂ©. Il n’y a pas d’un cotĂ© les descendants des faibles et des opprimĂ©s et de l’autre les descendants d’oppresseurs qui seraient frappĂ©s d’une honte hĂ©rĂ©ditaire : nous sommes tous les enfants de l’Histoire.

C’est pourquoi, nous, signataires de cette pétition, appelons le Ministre de l’Education nationale, le Haut Conseil de l’éducation et le Conseil supérieur de l’Education à donner enfin une place digne de ce nom dans les programmes scolaires à l’enseignement de l’histoire de la colonisation et de celle de l’esclavage, parties intégrantes de l’Histoire de France.

Les signataires :

Isabelle Adjani, ComĂ©dienne ; Akhenaton et AĂŻcha, Chanteur et productrice ; GĂ©rard Aschieri, SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la FSU ; Dove Attia, Musicien ; Josiane Balasko, ComĂ©dienne ; CĂ©line Balitran, PrĂ©sentatrice ; Delphine Batho, DĂ©putĂ©e ; Yamina Benguigui, RĂ©alisatrice, Adjointe au Maire de Paris chargĂ©e de la lutte contre les discriminations ; Jean Luc Benhamias, DĂ©putĂ© europĂ©en ; Pierre BergĂ©, Fondation BergĂ©-YSL ; Dominique BesnĂ©hard, Producteur et acteur ; Serge BilĂ©, Journaliste et Ă©crivain ; Booder, Comique ; Michel Boujenah, ComĂ©dien ; Malek Boutih, SecrĂ©taire National PS chargĂ© des questions de sociĂ©tĂ© ; Stomy Bugsy, Chanteur ; Michel Cantal-Dupart, Urbaniste ; Cartouche, Comique ; Abdou Chaoui, PrĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration nationale des Maisons des Potes ; Elie Chouraqui, RĂ©alisateur ; Didier Daenninckx, Ecrivain ; Phil Darwin, Humoriste ; Geneviève de Fontenay, PrĂ©sidente du comitĂ© Miss France ; Marcel Desailly, Footballeur ; Harlem DĂ©sir, DĂ©putĂ© europĂ©en ; Philippe Doucet, Maire d’Argenteuil ; FrĂ©dĂ©ric Encel, GĂ©opolitologue ; Bruno Etienne, Professeur Ă©mĂ©rite des universitĂ©s ; Jean Fabbri, SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral SNESUP-FSU ; Laurent Fabius, Ancien Premier Ministre ; Tiken Jah Fakoly, Chanteur ; Dan Franck, Ecrivain ; Christophe Girard, Adjoint au maire de Paris chargĂ© de la culture ; Sihem Habchi, PrĂ©sidente de Ni putes ni soumises ; Marek Halter, Ecrivain ; Clara Halter, Artiste plasticienne ; Farid Hamana, PrĂ©sident de la FCPE ; Pierre Henry, Directeur gĂ©nĂ©ral de France Terre d’Asile ; Anne Hidalgo, Première Adjointe au Maire de Paris ; Bruno Julliard, Adjoint au maire de Paris chargĂ© de la jeunesse ; Ibrahim KeĂŻta Sorel, PrĂ©sident de Banlieues du Monde ; Rachida Khalil, Humoriste ; Jean-François Klein, Historien ; ValĂ©rie Lang, Actrice ; Disiz la peste, Chanteur ; Yvan Le Bolloch, ComĂ©dien ; GaĂ«l Le Forestier, PrĂ©sentateur ; Olivier LĂ©onhardt, Maire de Sainte-Geneviève-des-Bois ; Serge Letchimy, maire de Fort-de-France ; Elikia M’Bokolo, Historien ; Tristan Mendès France, Assistant parlementaire et blogueur ; Gilles Moindrot, SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du SNUipp ; Benjamin Morgaine, Acteur ; Alix Nicolet, PrĂ©sidente de la FIDL ; Safia OtokorĂ©, SecrĂ©taire national PS chargĂ©e du Sport ; Patrick Pelloux, MĂ©decin urgentiste ; Alda Pereira-LemaĂ®tre, Maire de Noisy-le-sec ; SĂ©bastien Pietrasanta, Maire d’Asnières-sur-Seine ; Jean-Baptiste Prevost, PrĂ©sident de l’UNEF ; Princesse Agnès, Chanteuse ; FrĂ©dĂ©ric RĂ©gent, Historien ; Thierry Rey, Judoka ; Anne-GaĂ«lle Riccio, PrĂ©sentatrice ; Firmine Richard, Actrice ; Yves Simon, Ecrivain, chanteur ; Singuila, Chanteur ; Dominique Sopo, PrĂ©sident de SOS Racisme ; Amanda Sthers, Ecrivain ; Benjamin Stora, Historien ; FodĂ© Sylla, Membre du Conseil Economique et Social ; Rachid Taha, Chanteur ; Christiane Taubira, DĂ©putĂ©e ; Niels Tavernier, RĂ©alisateur ; Louis-Georges Thin, Porte parole du CRAN ; Lilian Thuram, Footballeur ; Patrick Weil, Historien

Publié le 10/05/2008 à 03:14 SOS Racisme

Révélations sur le financement de RSF

RĂ©vĂ©lations sur le financement de RSF

Marie-Christine Tabet
21/04/2008
 
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Depuis le début de l'année, les ventes de tee-shirts sur lesquels les menottes ont remplacé les anneaux olympiques ont dépassé le million d'euros (ici, Robert Ménard et Vincent Brossel devant le siège du comité d'organisation des JO 2008, à Pakin, en 2007).
Depuis le début de l'année, les ventes de tee-shirts sur lesquels les menottes ont remplacé les anneaux olympiques ont dépassé le million d'euros (ici, Robert Ménard et Vincent Brossel devant le siège du comité d'organisation des JO 2008, à Pakin, en 2007). Crédits photo : ASSOCIATED PRESS
 

L'association dirigée par Robert Ménard, qui a pris la tête de l'opposition aux JO de Pékin, bénéficie du soutien financier de chefs d'entreprise.

Si l'activisme humanitaire Ă©tait une discipline olympique, cet Ă©tĂ© Ă  PĂ©kin, les trois lettres de Reporters sans frontières brilleraient sur la plus haute marche du podium. MĂŞme un juge de la RĂ©publique populaire de Chine serait obligĂ© de reconnaĂ®tre la performance de l'organisation qui s'est jurĂ© de gâcher les Jeux des Chinois. Cette semaine, les militants de RSF se sont rendus Ă  l'assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des actionnaires de Coca-Cola, dans l'État du Delaware aux États-Unis. Sous le regard abasourdi et bienveillant des petits porteurs amĂ©ricains, les dirigeants du principal sponsor du relais de la torche, ont dĂ» rĂ©pondre aux questions comminatoires de Lucie Morillon, la reprĂ©sentante Ă  Washington de RSF. Elle a intimĂ© Ă  Neville Isdelle, le PDG de la firme, de prendre position en faveur des libertĂ©s en Chine et de crĂ©er un fonds de soutien aux familles de prisonniers politiques. Ce dernier, visiblement embarrassĂ©, a Ă©ludĂ© en rappelant les valeurs de l'olympisme et de sa compagnie. La bataille contre les marques qui se sont associĂ©es aux JO vient de commencer. Prochaines cibles : McDonald's toujours aux États-Unis, Adidas en Allemagne, Omega Ă  Genève, Atos Origin Ă  Paris… «Chaque fois nous allons leur proposer de signer une charte sur les droits de l'homme en Chine, prĂ©cise Lucie Morillon, ils doivent prendre position. Sinon nous irons jusqu'Ă  demander aux consommateurs de boycotter leurs produits.»

RSF, qui s'oppose depuis 2001 Ă  l'attribution des JO aux Chinois, veut Ă©galement obtenir des chefs d'État occidentaux qu'ils refusent de participer Ă  la cĂ©rĂ©monie d'ouverture du 8 aoĂ»t prochain. Les hostilitĂ©s ont Ă©clatĂ© le 30 mars dernier sur le mont Olympie, près d'Athènes, le jour du dĂ©part de la flamme. Robert MĂ©nard, le fondateur de l'association, et deux comparses ont dĂ©roulĂ© derrière un officiel chinois une banderole sur laquelle des menottes avaient remplacĂ© les cĂ©lèbres anneaux. Quelques jours après ce premier coup d'Ă©clat, Ă  l'occasion du catastrophique passage de la flamme dans la capitale française, le mĂŞme MĂ©nard a escaladĂ© de nuit la façade sud de Notre-Dame pour y hisser son emblème et le drapeau tibĂ©tain. En fin de semaine, il tiendra une confĂ©rence de presse Ă  Tokyo qui accueillera la torche Ă  son tour puis il devrait se rendre Ă  Nagano pour manifester aux cĂ´tĂ©s de militants japonais.

En quelques mois, RSF, ONG française de 25 salariĂ©s Ă  Paris, avec seulement 5 bureaux Ă  l'Ă©tranger et une dizaine de sections Ă  travers le monde, est devenu la bĂŞte noire du gĂ©ant chinois.

La facilitĂ© avec laquelle l'association spĂ©cialisĂ©e dans la dĂ©fense de la libertĂ© de la presse a pris la tĂŞte de l'opposition aux JO de PĂ©kin a ravivĂ© les rumeurs qui circulent depuis plusieurs annĂ©es sur son compte. Créée en 1985 Ă  Montpellier, elle serait dit-on financĂ©e aujourd'hui par les anticastristes, l'extrĂŞme droite amĂ©ricaine, infiltrĂ©e et manipulĂ©e par les agents de la CIA. Des centaines d'articles lui sont consacrĂ©s sur Internet et le sujet anime nombre de forums de discussion aux relents conspirationnistes et antiamĂ©ricains. Les sources d'information proviennent majoritairement de mĂ©dias cubains. Maxime Vivas, un romancier toulousain, actuellement en villĂ©giature en Chine cela ne s'invente pas , vient de publier un ouvrage chez l'Ă©diteur belge Aden, qui reprend cette thĂ©orie. Mais la dĂ©monstration de celui qui se prĂ©sente comme le «rĂ©fĂ©rent littĂ©raire» du groupe altermondialiste Attac n'est guère concluante. Parmi les dĂ©tracteurs de RSF, on retrouve Ă©galement Thierry Meyssan, l'homme qui prĂ©sente les attentats du 11 Septembre comme un complot interne aux États-Unis et nie le crash d'un avion sur le Pentagone.

Bureau de style et techniques marketing

En rĂ©alitĂ©, RSF perçoit depuis 2005 une subvention de quelque 35 000 euros de la National Endowement for Democracy (NED), association amĂ©ricaine de promotion de la dĂ©mocratie dans le monde. La somme allouĂ©e Ă  Reporters sans frontières est destinĂ©e Ă  l'aide aux journalistes en Afrique. Depuis 2002, le Center for a Free Cuba, fondĂ© par les anticastristes de Miami, lui verse quelque 64 000 euros. Ces deux subventions reprĂ©sentent moins de 2,5 % du budget total de l'association. L'argent des deux fondations amĂ©ricaines n'en a pas moins provoquĂ© des remous chez certains militants de RSF. Les sections allemande et espagnole ont notamment plaidĂ© pour un abandon de ces subsides. «En y renonçant nous donnerions du crĂ©dit Ă  ces calomnies fondĂ©es sur un antiamĂ©ricanisme nausĂ©abond et une sympathie incomprĂ©hensible pour le rĂ©gime castriste. Ce pays arrive juste après la Chine par le nombre de journalistes incarcĂ©rĂ©s dans ses geĂ´les», s'insurge Robert MĂ©nard. «Pourtant nous pouvons vivre très largement sans cet argent…», poursuit-il.

C'est un fait indĂ©niable. RSF dispose d'un confortable budget de près de 4 millions d'euros qu'il finance avant tout par ses activitĂ©s Ă©ditoriales. Si Robert MĂ©nard n'est pas un homme d'argent, ce fils de commerçant a un vrai sens du business. La vente de calendriers et de trois livres de photographie assure près de 60 % de ses revenus annuels. Les albums, gĂ©nĂ©ralement rĂ©alisĂ©s par de grands artistes qui abandonnent leurs droits, sont distribuĂ©s gratuitement par les Nouvelles Messageries de la presse parisienne (NMPP) et les kiosquiers. Du coup, les 9,90 euros du produit de la vente de chaque exemplaire vont intĂ©gralement dans les caisses de RSF. Des opĂ©rations spĂ©ciales comme des ventes aux enchères ou la diffusion de produits dĂ©rivĂ©s amĂ©liorent encore l'ordinaire. En 2008, RSF pourra par exemple compter sur la vente des tee-shirts noirs PĂ©kin 2008 avec les menottes en guise d'anneaux. Depuis le dĂ©but de l'annĂ©e, les commandes se sont envolĂ©es et le chiffre d'affaires rĂ©alisĂ© dĂ©passe le million d'euros… Un coup de chance ? Pas vraiment. Ils ont Ă©tĂ© dessinĂ©s par un bureau de style, et les tissus choisis avec soin… Robert MĂ©nard a d'ailleurs dans son Ă©quipe une ancienne de chez Price Waterhouse, rompue aux techniques du marketing, qu'il paye presque aussi bien que lui, soit un peu moins de 5 000 euros.

Les dons d'entreprises et de fondations privĂ©es apportent plus de 20 % des ressources. Sanofi-Aventis est le plus gĂ©nĂ©reux mĂ©cène de l'association. Chaque annĂ©e la direction de la communication du groupe pharmaceutique lui signe un chèque de quelque 400 000 euros. Le PDG de Sanofi, Jean-François Dehecq, a rencontrĂ© Robert MĂ©nard Ă  Montpellier oĂą la firme possède l'un de ses plus importants sites de production. Et lui est restĂ© fidèle.

«Aider près de 1 500 journalistes»

En 2007, François Pinault a fait son entrĂ©e parmi les «amis» de RSF. L'ancien patron de PPR a en effet permis Ă  Robert MĂ©nard d'acquĂ©rir 180 mètres carrĂ©s de bureaux rue Vivienne Ă  Paris, Ă  quelques mètres des Grands Boulevards de la capitale. Outre une aide financière, Pinault a Ă©galement demandĂ© Ă  un de ses conseillers de gĂ©rer l'ensemble de l'opĂ©ration immobilière d'un montant total de 2,5 millions d'euros. RSF peut Ă©galement compter de façon plus ou moins occasionnelle sur le soutien de la Fondation de France, de l'Open Society Institute de George Soros, du Sigrid Rausing Trust ou encore de Benetton. Les subventions publiques comptent pour moins de 10 % du total des recettes, un niveau Ă©quivalent Ă  celui des dons des particuliers. «Les journalistes ne suscitent pas la gĂ©nĂ©rositĂ© du public», explique Fanny Dumont, ancienne responsable des finances de RSF. Ă€ cĂ´tĂ© de ces gĂ©nĂ©reux mĂ©cènes, Robert MĂ©nard s'appuie sur son carnet d'adresses pour relayer ses combats. De la comĂ©dienne Carole Bouquet Ă  Patrick Poivre d'Arvor, Christine Ockrent en passant par le photographe Yann Arthus-Bertrand, les people n'hĂ©sitent jamais Ă  lui venir en aide. StĂ©phane Courbit, fondateur d'Endemol France, va participer Ă  l'augmentation de MĂ©dias, une revue d'analyse dont RSF dĂ©tient 20 % du capital et que dirige Emmanuelle Duverger, l'Ă©pouse de Robert MĂ©nard.

Mais cette exposition permanente a un coĂ»t. En 2007, les opĂ©rations de mobilisation des mĂ©dias ont englouti près de 20 % des dĂ©penses de l'association. Avec l'opĂ©ration PĂ©kin, la note devrait ĂŞtre encore plus salĂ©e en 2008. «Cette visibilitĂ© nous permet d'aider près de 1 500 journalistes chaque annĂ©e et de soutenir financièrement les familles. Personne ne vient m'interviewer lorsque je veux parler des problèmes des journalistes Ă©rythrĂ©ens», justifie Robert MĂ©nard. C'est en effet dans les cortèges des manifestations pour la libĂ©ration d'Ingrid Betancourt, les tractations pour celle des journalistes pris en otages en Irak, Chesnot, Malbrunot et Aubenas, que MĂ©nard a imposĂ© l'image de Reporter sans frontières. Plus que par la diffusion de ses rapports sur l'Ă©tat de la presse dans le monde. Au Qatar, RSF vient de prendre en charge pour le compte de Sheikha Moza, la mère du prince hĂ©ritier, la crĂ©ation d'un Centre international de la presse, entre Villa MĂ©dicis et mĂ©morial de la presse du monde arabe. Une nouvelle diversification pour cette singulière PME de l'humanitaire devenue spĂ©cialiste en Ă©vĂ©nementiel.