L’article « L’UOIF et les bonbons halal » publiĂ© sur le site Al-Kanz dĂ©nonce la contradiction qui existe entre l’avis du Conseil EuropĂ©en de la Fatwa et la position de « Halal Services », organe de certification de l’UOIF, sur la question de la gĂ©latine animale, et conclut ainsi sur une touche ironique : En clair, l’UOIF considère que l’on peut consommer sans gĂŞne un aliment contenant de la gĂ©latine, ou tout autre composant d’origine animale, et, dans le mĂŞme temps, l’UOIF considère qu’il n’existe aucune gĂ©latine halal. Ce paradoxe prĂŞterait Ă  sourire si personne n’avait Ă©tĂ© lĂ©sĂ©e par cette prise de position difficile Ă  comprendre ». Nous estimons qu’il est de notre devoir d’éclaircir le consommateur musulman Ă  ce sujet.

Il existe deux approches du halal : celle du consommateur et celle du producteur. Le consommateur dĂ©pend entièrement des produits qui se trouvent sur le marchĂ© ; son pouvoir d’agir sur la nature des produits qui lui sont offerts est donc très limitĂ© et rĂ©sulte d’un travail de lobbying très complexe. S’il doit Ă©viter tous les produits qui font l’objet de doutes quant Ă  leur licĂ©itĂ©, le poids de la contrainte serait tel que les difficultĂ©s deviendraient insurmontables, surtout lorsqu’il s’agit d’un responsable de famille qui doit subvenir aux besoins variĂ©s de ceux dont il a la charge, et qui consomme des produits qui utilisent ce genre d’ingrĂ©dients de base. Pour tous ces consommateurs musulmans, l’appel Ă  la dĂ©rogation fondĂ©e sur des avis juridiques authentiques est une nĂ©cessitĂ© qui leur permet de se conformer Ă  leur religion sans difficultĂ© ni gĂŞne. L’avis du Conseil EuropĂ©en de la Fatwa fondĂ© sur des recherches sur la gĂ©latine animale est un exemple de dĂ©rogation que nous respectons et dĂ©fendons. C’est lĂ  l’esprit de la religion, et recourir Ă  la dĂ©rogation en cas de difficultĂ© est un fondement de notre jurisprudence (fiqh). Cependant, il convient de rappeler qu’une fatwa ne change pas la règle ni le statut de l’élĂ©ment en question, mais offre seulement un allĂ©gement et une facilitĂ© d’application.

La logique des producteurs du Halal (dont les organismes de certification Halal font partie) et des professionnels de l’agroalimentaire est totalement différente. La fatwa ne les concerne pas et c’est une grave erreur que d’y recourir. Un organisme de certification est tenu de fournir le maximum d’efforts pour exiger des professionnels de l’agroalimentaire de n’utiliser que des ingrédients totalement Halal. Les exigences de rentabilité ne permettent en aucun cas de se prévaloir d’une fatwa destinée aux consommateurs afin de certifier halal des produits contenant des ingrédients à base de gélatine animale qui peuvent être remplacés par d’autres ingrédients tout à fait licites.

Notre objectif est d’éviter de recourir à la fatwa en exigeant du producteur de fabriquer des produits qui satisferont tous les musulmans, y compris ceux qui ne sont pas convaincus par cette fatwa, ou qui, tout simplement, ne souhaitent pas qu’un dérivé de porc, même transformé et juridiquement Halal, fasse partie de leur alimentation et, par la suite de leurs tissus, organes et cellules.

En conclusion, un consommateur musulman a le droit de se baser sur une fatwa pour consommer de la gélatine animale, mais un organisme de certification ne doit certifier que les produits Halal par nature et non pas les produits rendus tel par le truchement d’une fatwa.




Boukhzer El Bachir Président de Halal Services