Ce
document est le prolongement dâun courriel prĂ©cĂ©demment distribuĂ©, il fait
suite à des remarques exprimées par des lecteurs appelant des précisions
complémentaires quant aux principes de la finance islamique et à ses enjeux.
Les
principes Ă©noncĂ©s sâinsĂšrent dans une
vision téléologique du monde et globalisante, gouvernant du reste la conduite
du musulman, qui doit rĂ©pandre le bien en vue de gagner son salut, câest un
faisceau de prolĂ©gomĂšnes lui permettant de se repĂ©rer dans lâempire des
« choses. » A fortiori lorsquâil sâagira de lâaffectation de son
Ă©pargne, de sa gestion, des activitĂ©s Ă©conomiques quâil est amenĂ© Ă dĂ©velopper,
etc
Al
RybĂŁ, est une conception qui repose
sur les éléments suivants :
Le temps
nâappartient Ă personne, il est la propriĂ©tĂ© de Dieu, il est donc gratuit pour
les humains et personnes ne peut en demander un quelconque dédommagement. Or le
taux dâintĂ©rĂȘt reprĂ©sente le prix de la renonciation du « prĂ©sent »
pour le prĂȘteur, câest le prix payĂ©s par lâemprunteur pour dĂ©tenir durant une
« période » un capital à rembourser.
Le taux
dâintĂ©rĂȘt est Ă©galement considĂ©rĂ© comme le point dâĂ©quilibre entre lâoffre et
la demande dâĂ©pargne, exprimĂ©e en monnaie. Câest le prix de lâargent, or
lâargent nâa pas de valeur en soit, il nâest que le mĂ©diateur et le
dĂ©nominateur commun des Ă©changes. Sâacquitter dâun taux dâintĂ©rĂȘt reviendrait Ă
payer un objet qui nâa pas de valeur. Il y a dans ce cas usurpation de lâemprunteur
pour lâavantage exclusif du prĂȘteur, sans contre partie
« effective ».
Pour
le reste,
Lâexclusion
du hasard est lâidentique (bijection) Ă la notion de destin. En supprimant le
hasard ( « zahr », aléa) on débouche sur le déterminisme (
« mektoub », destin.) LâIslam Ă©dicte le dogme du dĂ©terminisme divin.
Le destin existe, il est nécessairement opérant dans le champ existentiel de
chaque musulman. Et le destin de chaque musulman est avant tout de ne point
tromper ou de leurrer son prochain.
Avec
cette combinatoire de principes, tout musulman est capable de juger de la
nature non prohibée de ses activités productives et du caractÚre « licite
( Halal) » ou « illicite ( Haram) » du profit qui
en résulte. Quant aux questions particuliÚres qui renverraient à la
jurisprudence et au droit, câest lâexcellent « TraitĂ© de droit musulman
comparé » de Y. Linant de Bellefonds, Coll. MOUTON & CO. Edition de
lâEcole des Hautes Etudes en Sciences Sociales qui devrait ĂȘtre recommandĂ© sans
réserve.
Quâen
est-il plus des instruments de finance islamique ?
Il
est possible de distinguer deux types
dâinstruments, ceux avec partages des profits et ( parfois) des pertes, et ceux
sans partages des profits ou des pertes.
AVEC PARTAGE DES PROFITS ET (PARFOIS) DES PERTES
Al
MudhĂŁraba : Capital entiĂšrement
fourni par la banque pour le financement du projet. Partage du profit du projet
entre la banque et lâentrepreneur selon un ratio prĂ©dĂ©terminĂ©. Pertes du projet
supportĂ©es par la banque, sauf si il y a nĂ©gligence de lâentrepreneur.
Commentaire : du
coté du passif de la banque le déposant est du type « Mudhãraba
illimitée », le déposant acceptant que la banque utilise librement les
fonds dĂ©posĂ©s dans le financement dâune longue liste de projets et espĂ©rant en
retour une part du profit total de la banque. Du cotĂ© de lâactif, le contrat
entre la banque et lâentrepreneur est du type « MudhĂŁraba limitĂ©e »,
la banque nâacceptant de financer quâun projet bien dĂ©fini.
Al
Mushãraka : Capital procuré par
la banque et de deux ou plusieurs partenaires auxquels elle sâest associĂ©e.
Profits ou pertes distribués au prorata des contributions respectives en
capital.
Commentaire : toutes
les parties ont un droit de regard sur la gestion du projet.
Al
MuzaraâĂŁ (instrument archaĂŻque) :
variante traditionnelle de « al MudhĂŁraba » appliquĂ©e Ă
lâagriculture. La banque qui peut apporter des fonds ou des terres de culture
partage la rĂ©colte avec lâentrepreneur.
Al
Musaka : variante
traditionnelle de « al moushãraka », appliquées à la production des
vergers. La récolte est partagée entre
la banque et ses partenaires en fonction les contributions respectives.
ABSENCE DE PARTAGE DES PROFITS ET (PARFOIS) DES PERTES
Kard
hasen : PrĂȘt sans intĂ©rĂȘt Ă
caractĂšre charitable. La banque peut exiger le paiement de frais
administratifs, à condition que leur montant ne soit pas lié à la période de
maturation du prĂȘt.
Bayâas-salĂŁm
ou Bay-As-salaf : Vente Ă
livraison diffĂ©rĂ©e. Lâacheteur paie comptant au vendeur le prix nĂ©gociĂ© avec la
promesse du vendeur de livrer le bien Ă terme.
Commentaire :
sâapplique surtout Ă des biens agricoles ou manufacturĂ©s, dont la qualitĂ© et la
quantitĂ© peuvent ĂȘtre spĂ©cifiĂ©es sans ambiguĂŻtĂ©.
Bayâmuâajjal :
Vente à paiement différé, effectué
en versement unique ou échelonné sans frais supplémentaire.
IjĂŁra
ou ijĂŁra wa IktinĂŁ : Location
ou location avec acquisition. Un bien est loué pour une période déterminée. Le
coût de la location est échelonné sur la période. A terme celui qui a loué peut
acquérir le bien.
Commentaire :
sâapplique particuliĂšrement Ă des biens dâĂ©quipement et du matĂ©riel de
transport. Equivalent au
« leasing » avec exclusion du taux dâintĂ©rĂȘt.
Al
MurĂŁbaha : le vendeur informe
lâacheteur du coĂ»t dâacquisition du bien et nĂ©gocie avec lui une marge de
profit. Prix, marge incluse, habituellement payé en versements échelonnés.
Commentaire :
Financement surtout de court terme, particuliÚrement approprié aux opérations
de négoce.
Sukkuk : Produit obligataire qui est Ă la finance
islamique ce que les Asset Backed Securities (ABS) sont Ă la finance
conventionnelle. Il a une Ă©chĂ©ance fixĂ©e dâavance et est adossĂ© Ă un actif
permettant de rĂ©munĂ©rer le placement en contournant le principe de lâintĂ©rĂȘt.
Les Sukkuk sont structurés de telle sorte que leurs détenteurs courent un
risque de crĂ©dit et reçoivent une part de profit et non un taux dâintĂ©rĂȘt et connu
Ă lâavance comme un ABS.
Commentaire :
Produit sollicité pour financer des lieux culturels ou de culte religieux.
Dans
la pratique ces instruments pourront ĂȘtre employĂ©s en lâĂ©tat ou combinĂ©s.
Banque
privée la plus proche :
Faisal
Private Bank
GenĂšve
Banque
de détail la plus proche :
Birmingham
Dans
son idĂ©al thĂ©orique, et en cas de gĂ©nĂ©ralisation Ă lâensemble du rĂ©gime
dâaccumulation, la finance islamique vise les objectifs suivants :
Une création de richesse
continue, qui contredirait la loi de la décroissance du taux de profit,
dĂ©veloppĂ©e dans les Ćuvres de K. Marx. Cette production continue et jamais
bornée repose sur deux composantes, innovation et qualité, celles-ci sont
possibles grĂące aux financements encourageant lâentreprenariat (MudhĂŁraba) et
lâinitiative privĂ©e.
Redistribuer la richesse
de maniÚre tout à fait équitables ( partage des risques, rémunération en
fonction des contributions de chaque intervenant, etc)
Asphyxier toutes les
activités productives néfastes à la nature ou au genre humain
Ăradiquer la pauvretĂ©.
Les 981 personnes les plus riches au monde détiennent environs 3'000 Mds de $,
pour que chaque ĂȘtre humain puisse vivre Ă un niveau de subsistance relative
convenable, il est nécessaire de redistribuer aux classes les plus paupérisées,
environ 30 Mds de $. La taxe à répartir (zakat) entre les individus les moins
aisés correspond à 2.5 % de chaque fortune. Ce qui forme un prélÚvement de 75
Mds de $, deux fois et demi plus que ce qui est nécessaire.
Diffuser au sein de
lâĂ©conomie un bien ĂȘtre social non uniquement parĂ©tien et dont le sens est
proche de celui ébauché par Amartya Sen dans son ouvrage « Un nouveau modÚle
économique. Développement, justice, liberté. »
Abd al Karim B.