Le 26 Juillet 2007, Nicolas Sarkozy prononce à l'université de Dakar un discours dont la tonalité déchaine les passions. Le texte a été ecrit par Henri Guaino, son conseiller spécial, qui se serait vanté: " Le discours de Dakar, on en parlera encore dans dix ans."
Voici les grandes lignes:
Sur la traite négriére:
" Ce sont des Africains qui ont vendu aux négriers d'autres Africains. "
(Premiére version écrite du discours distribuée aux journalistes)
Sur la colonisation et la repentance:
" Je ne suis pas venu effacer le passé car le passé ne s'efface pas. Je suis pas venu nier les fautes ni les crimes car il y a eu fautes et crimes. Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs péres. Jeunes d'Afrique, je ne suis pas venu vous parler de repentance. Je suis venu vous dire que je ressens la traite et l'esclavage comme des crimes envers l'humanité. "
Sur l'homme Africain:
Pour le meilleur et pour le pire, la colonisation a transformé l'homme Africain et l'homme Européen. Je veux donc dire, à la jeunesse d'Afrique, que le drame de l'Afrique ne vient pas de ce que l'âme africaine serait imperméable à la logique et à la raison. Car l'homme africain est aussi logique et raisonnable que l'homme européen. Je suis venu vous dire que l'homme moderne qui éprouve le besoin de se réconsilier avec la nature a beaucoup à apprendre de l'homme africain qui vit en symbiose avec la nature depuis des millénaires. "
Sur " La colonisation n'est pas responsable de..." :
" La colonisation n'est pas responsable de toutes les difficultés de l'Afrique. Elle n'est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n'est pas responsable des génocides. Elle n'est pas responsable des dictatures. Elle n'est pas responsable du fanatisme. Elle n'est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n'est pas responsable des gaspilages et de la pollution. "
Sur le paysan africain:
" Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connait que l'eternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire ou tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée du progrés. "
Sur l'homme africain " pas assez entré dans l'histoire ":
" Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le défi de l'Afrique, c'est d'entrer davantage dans l'histoire. C'est de puiser en elle l'énérgie, la force, l'envie, la volonté d'écouter et d'épouser sa propore histoire. "
Sur la France et de devoloppement economique de l'Afrique:
" Jeunes d'Afrique, vous voulez le développement, vous voulez la croissance, vous voulez la hausse du niveau de vie. Mais le voulez-vous vraiment? Voulez-vous que cessent l'arbitraire, la corruption, la violence? Voulez-vous que la propriété soit respéctée, que l'argent soit investi au lieu d'être détourné? Voulez-vous que l'Etat se remette à faire sont métier, qu'il soit allégé de bureaucraties qui l'etouffent, qu'il soit libéré du parasitisme, du clientélisme, que son autorité soit restaurée, qu'il domine les féodalités, qu'il domine les corporatismes? Si vous le voulez, alors la France sera à vos côtés pour l'exiger, mais personne ne le voudra à votre place. Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est le codéveloppement, c'est à dire le développement partagé. "
Les réactions:
Boubacar Boris Diop ( journaliste et ecrivain sénégalais, Alternatives international du 01/10/07 )
" La phrase " ce sont des africains qui on vendu aux bégriers d'autres africains" est d'une colossale ineptie, elle est tout simplement indigne d'un président de la Republique. C'est une inslte à la mémoire des victimes et une infâme relativisation de la violence fondamentale du commerce triangulaire. Jamais dans toute l'histoire de l'humanité, une nation n'en a opprimé une autre sans avoir bénéficié, voire du zéle des élites du pays conquis. "
Alpha Oumar Konaré ( president de la commission de l'Union africaine UA, RFI le 27/07/07 )
" Une bonne partie du retard de l'Afrique est liée à la colonisation et cette réalité, je suis sur que le president la sait. Personne n'a le droit de la nier, et cela n'a rien à voir avec la repentance. Cette exigence de mémoire ne peut pas être simplement le fait des Africains. "
Achille Mbembe ( professeur d'histoire et de science politique au Wits Institute for social and economic Research ( Johannesburg) Site de la ligue des droits de l'homme de Toulon, le 01/08/07
" L'homme africain du president Sarkozy est surtout reconnaissable soit par ce qu'il n'a pas, ce qu'il n'est pas ou ce qu'il n'est jamais parvenu à accomplir ( la dialectique du manque et de l'inachévement), soit par son opposition à "l homme moderne" ( sous entendu " l'homme blanc") - opposition qui résulterait de son attachement irrationnel au royaume de l'enfance, au monde de la nuit, aux bonheurs simples et à l'âge d'or qui n'a jamais existé. "
Véronique Tdjo ( poéte et romanciére ivoirienne, Libération 13/08/07
" Elle est responsable de quoi alors? Est ce vraiment la peine de rappeler le Rwanda, Elf, les diamants de Bokassa, la Guinée équatoriale, j'en passe et des meilleurs? "
Thomas Heams ( maître de conférence en génétique à Paris. Liberation 02/08/07
" Nous y voila. La chaleur, le rythme des saisons. Nicolas Sarkozy a oublié de concéder que, dans cet océan de médiocrité, l'Africain, au moins, avait le rythme dans la peau et courait vite. Le tableau aurait été parfait. Une typologie lamentable, qui n'est même pas du néocolonialisme mais du bon vieux colonialisme à l'anciennne à la Jules Ferry. "
Emmanuel Dongala ( écrivain congolais. Liberation 06/09/07
Je suppose que si vous vous battez pour maintenir vos grandes sociétes, entre autre Total au Congo, au Gabon, au Nigeria et en Angola, Bolloré dans les ports d'Abidjan et de Dakar, Areva dans les mines d'uranium du Niger et de la Centrafirque, cela ne participe que d'un Amour désinteressé et n'a rien à voir avec des interêts bassement mercantiles. "